Francis Metzger, l'architecte de l'intemporel
Francis Metzger, architecte de l'intemporel
Francis Metzger, architecte de l'intemporel
Mots : Agnès Zamboni
Photos : DR
Son palmarès est impressionnant : Maison Autrique, Bibliothèque Solvay, Maison Delune, Gare Centrale, Maison Saint-Cyr, Palais de Justice, Villa Empain… tous ces bâtiments, et bien d’autres, ont reconquis leur identité grâce à sa pratique de la restauration respectueuse des œuvres et de leurs auteurs.
Une anecdote sur la Villa Empain ? Comme de nombreux projets d’immeubles bruxellois remarquables, la Villa Empain a contribué à de nombreuses légendes urbaines. Tout notre travail repose sur une méthodologie stricte qui doit nous amener à devenir compétents sur l’œuvre. trois axes majeurs sont nécessaires à l’acquit de ce savoir. Le premier repose sur une étude historique au service du patrimoine. L’étude d’Empain a nécessité plusieurs mois de travail … C’est avec l’héritage de son père que Louis Empain a fait construire ce lieu de prestige, destiné à accueillir et impressionner la bonne bourgeoisie. Il choisit Michel Polak, architecte en vogue dans les années 1930, après l’achèvement du Résidence Palace. Le bâtiment, achevé en 1934, sera très vite légué à l’Etat Belge, Empain ayant décidé de consacrer sa vie à des actions plus caritatives. C’est l’école d’arts de La Cambre qui, en 1937, organisera le lieu et mettra en place sa première exposition. A la fin de la guerre, l’armée allemande réquisitionne le lieu, et, en 1945, Paul-Henri Spaak le cède à l’ambassade de l’URSS. Après 17 ans d’occupation et à la suite d’un procès, le lieu reviendra dans le patrimoine de la famille Empain.
Un mot sur le Palais de Justice ? Voici un peu plus de dix ans, de grandes inquiétudes planaient sur l’avenir du Palais et le maintien de l’affectation justice au sein d’un des plus importants bâtiments de Bruxelles. Aujourd’hui, même si les travaux de façade n’ont pas démarré, nous pouvons être rassurés sur son avenir. La fonction justice restera dans le Palais et celui-ci devrait être l’objet de nombreux travaux de restauration. Nous avons contribué au maintien de l’affectation par deux chantiers, les entrées sécurisées et le projet Box in the Box qui sécurise quatre nouvelles salles d’audience au cœur du Palais.
Un démarrage de chantier imminent ? L’un des chantiers les plus attendus est sans conteste le démarrage d’importants travaux à l’Aegidium. Le bâtiment, inauguré en 1906, était alors baptisé Le Diamant Palace, à l’image de son entrée originellement tapissée de miroirs, dont les empreintes sont encore visibles. Emaillés d’ampoules électriques de 20 W, ils démultipliaient les perspectives et profondeurs de champ. Le plafond de la grande salle néo-byzantine était aussi couvert de plusieurs milliers d’ampoules électriques, ce qui pour l’époque était d’une grande originalité, l’électricité n’étant qu’à ses balbutiements. Nous allons tenter de restituer la magie de cet espace. L’ensemble des décors d’origine seront conservés et restaurés. C’est une rénovation qui s’annonce compliquée. Le bâtiment enclavé, en cœur d’îlot, est difficile d’accès. Il est destiné à devenir un lieu culturel ouvert au public.
Une rénovation qui se passe bien ? On pourrait évoquer l’Hôtel Astoria, un palace fermé il y a une dizaine d’années, dont le chantier avance à grande vitesse. Il s’agit d’une part de la restauration des éléments historiques, patrimoniaux, et de la réhabilitation de cinq bâtiments qui constituent le nouvel ensemble. Bâtiment construit à la demande du roi Léopold II pour l’Exposition univer- selle de 1910, il a accueilli pendant près d’un siècle les têtes couronnées. L’empereur Hirohito est le premier à avoir occupé la suite royale. Ce palace n’avait jamais été fermé malgré des travaux nécessaires pour une clientèle exigeante et il était temps d’envisager une réhabilitation complète. Le projet intègre d’une part la reconstitution de la formidable verrière disparue après-guerre, mais aussi la création de piscine et spa en sous-sol, de suites royales et présidentielles en toiture, répondant à un confort d’un palace du XXIème siècle.
Une mission inédite ? Le chantier des Serres Royales de Laeken qui va débuter au printemps, sans empêcher toutefois les visites. Cette restauration en profondeur est une « première fois » pour le lieu, pour cette œuvre qui ne ressemble à aucune autre, une œuvre singulière imaginée par Alphonse Balat. François Châtillon, architecte chargé de la restauration du Nouveau Grand Palais à Paris, nous épaule. L’organisation du chantier est particulièrement complexe notamment par la nécessité de maintenir des températures adéquates à des plantes dont certaines ont été ramenées du Congo par Léopold II.
D’autres projets et défis ? Nous travaillons aujourd’hui sur deux projets et concours dont nous sommes lauréats : La Cité-jardin historique de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry et ses 3300 logements à réhabiliter. Il s’agit de revisiter le logement social avec un objectif qualitatif tout en redensifiant ce territoire de 65 hectares sans affecter les jardins. Et la rénovation de deux hectares d’écuries royales et cinq hectares de territoire du château de Fontainebleau. L’objectif est d’y implanter un campus international des arts qui pourrait à terme, comme on le ferait pour un tableau ancien, être effacé au profit d’une nouvelle affectation. L’œuvre patrimoniale est toujours plus importante et plus durable que la fonction qui l’occupe.
Francis Metzger, architecte de l'intemporel
Francis Metzger, architecte de l'intemporel
Mots : Agnès Zamboni
Photos : DR
D’où vient votre passion pour les bâtiments historiques ? Leur aura traversant le temps me subjugue et m’émeut. J’ai suivi les cours d’architecture d’intérieur à Saint-Luc Bruxelles et je suis diplômée d’un master et d’une agrégation en histoire de l’Art à l’ULB. En redon- nant vie au patrimoine, je comble mon désir d’approfon- dir mes connaissances et celui de créer. Cependant, j’ai œuvré sur différents types de projets. Avec les marques de luxe de l’Oréal, j’ai aménagé des instituts de beauté et studios de maquillage. J’ai travaillé sur des lieux atypiques, le Crazy Horse, un appartement classé Artdéco, des lofts… En 1999, avec mon compagnon disparu, le galeriste et expert en œuvre d’art Willy d’Huysser, j’ai acquis le château de Montmoreau en Charente. En sa mémoire, j’ai persévéré dans cette restauration d’en- vergure et je la poursuis avec mon compagnon, artiste et photographe, Jörg Bräuer.
Quelles sont vos principales motivations ? De l’architecture d’intérieur jusqu’au choix des œuvres d’art, ma démarche est globale et fait naître des univers hors du temps, alliant les traces du passé et la contemporanéité.
Ma mission est de capter, préserver et transmettre l’âme des bâtisses, ce point d’ancrage immatériel entre l’his- toire des hommes et le passage du temps… Je recherche le goût de la mémoire qui a forgé les lieux. J’aime redon- ner vie à des pans entiers d’histoire et une nouvelle destinée à un site, pour façonner un cadre de vie à l’image de ses habitants. Les enjeux architecturaux sont d’abord humains
Pourquoi créer du mobilier ? A la recherche d’une symbiose totale, la création de meubles a toujours fait partie intégrante de mes projets. Je travaille les meubles comme des volumes, avec des lignes sobres capables d’exprimer des émotions. Je suis très attentive aux proportions et aux détails. C’est à chaque fois comme un prototype à mettre au point, car il n’y a jamais deux projets qui se ressemblent. Le mobilier intégré, quant à lui, est prévu, en amont, dès la conception du projet. Tout est réalisé par des artisans, car je suis très attachée aux savoir-faire et à la réalisation dans les règles de l’art. Je sélectionne toujours des matières naturelles, le bois, le métal, de la soie, du lin, de la laine. Pour mes chantiers, je choisis aussi des œuvres en pièces uniques, ou séries limitées, comme celles présentées par la galerie Spazio Nobile. A deux reprises, nous avons organisé ensemble une exposition à l’Ancienne Nonciature.
Quelle est donc l’origine de ce lieu ? L’Ancienne Nonciature est un hôtel particulier de style néo-classique, ex-ambassade du Vatican à Bruxelles, au milieu du XIXe siècle. Situé en face de l’église du Grand Sablon, achetée en 2005 dans un piteux état, cinq années m’ont été nécessaires pour restaurer ses 1400 m2 et y installer notamment mes bureaux. Je dédie une autre partie de l’espace aux évènements et expositions, en collaboration avec des galeries d’art. Après avoir restitué les majestueux volumes initiaux, préservé le maximum d’éléments d’origine, j’ai recréé des ambiances dans l’esprit des lieux, sans pastiche, comme en atteste l’ancienne chapelle du Cardinal Pecci, devenu le pape Léon XIII.
Pourquoi avoir choisi de collaborer avec Charles Schambourg ? Le savoir-faire de cet atelier, actuellement dirigé par Nicolas Berryer, est unique au monde. Il fabrique des tissages avec de fines lanières de cuir et daim. Pour mes créations, je développe avec lui des tissages sur mesure, travaillant textures et couleurs, tout en donnant une modernité à ce savoir-faire. Ces tissages complexes recouvrent notamment des banquettes fabriquées avec des techniques à l’ancienne, en maintenant par exemple, le garnissage en crin de cheval. Dans mes créations, je recherche la sobriété alliée à un extrême raffinement.
Votre dernier projet d’envergure ? La restauration intérieure du Château de Calon-Ségur dans le Médoc, avec son pigeonnier et son orangerie, aménagée en salle de dégustation. Le travail sur la géométrie a valorisé les perspectives et les pièces en enfilade, pour retrouver les points de fuite. Aux matériaux travaillés à l’ancienne répondent les couleurs puisées dans les tonalités de la Gironde et des ceps de vigne. J’ai recherché antiquités et tableaux d’époque, dessiné tous les décors dans un esprit intemporel. Avec élégance et sans ostenta- tion, j’ai souligné le XVIIIe siècle d’une aristocra- tique maison, plantée dans ses vignes, comme si plusieurs générations s’étaient succédé en laissant leurs traces. Aux portraits anciens répondent les œuvres d’artistes contemporains, comme Lee Bae et Jörg Bräuer.
Votre prochain défi ? Consacrer plus de temps à la restauration de mon château, monument histo- rique classé des XIIe et XVe siècles. Ses toitures et spectaculaires charpentes, ainsi que ses 15 impo- santes cheminées d’origine ont été sauvées… Ce projet, dépassant ma simple existence, représente une mission de transmission, dont je ne suis que l’un des maillons.
Francis Metzger, architecte de l'intemporel
Francis Metzger, architecte de l'intemporel
Mots : Agnès Zamboni
Photos : DR
D’où vient votre passion pour les bâtiments historiques ? Leur aura traversant le temps me subjugue et m’émeut. J’ai suivi les cours d’architecture d’intérieur à Saint-Luc Bruxelles et je suis diplômée d’un master et d’une agrégation en histoire de l’Art à l’ULB. En redon- nant vie au patrimoine, je comble mon désir d’approfon- dir mes connaissances et celui de créer. Cependant, j’ai œuvré sur différents types de projets. Avec les marques de luxe de l’Oréal, j’ai aménagé des instituts de beauté et studios de maquillage. J’ai travaillé sur des lieux atypiques, le Crazy Horse, un appartement classé Artdéco, des lofts… En 1999, avec mon compagnon disparu, le galeriste et expert en œuvre d’art Willy d’Huysser, j’ai acquis le château de Montmoreau en Charente. En sa mémoire, j’ai persévéré dans cette restauration d’en- vergure et je la poursuis avec mon compagnon, artiste et photographe, Jörg Bräuer.
Quelles sont vos principales motivations ? De l’architecture d’intérieur jusqu’au choix des œuvres d’art, ma démarche est globale et fait naître des univers hors du temps, alliant les traces du passé et la contemporanéité.
Ma mission est de capter, préserver et transmettre l’âme des bâtisses, ce point d’ancrage immatériel entre l’his- toire des hommes et le passage du temps… Je recherche le goût de la mémoire qui a forgé les lieux. J’aime redon- ner vie à des pans entiers d’histoire et une nouvelle destinée à un site, pour façonner un cadre de vie à l’image de ses habitants. Les enjeux architecturaux sont d’abord humains
Pourquoi créer du mobilier ? A la recherche d’une symbiose totale, la création de meubles a toujours fait partie intégrante de mes projets. Je travaille les meubles comme des volumes, avec des lignes sobres capables d’exprimer des émotions. Je suis très attentive aux proportions et aux détails. C’est à chaque fois comme un prototype à mettre au point, car il n’y a jamais deux projets qui se ressemblent. Le mobilier intégré, quant à lui, est prévu, en amont, dès la conception du projet. Tout est réalisé par des artisans, car je suis très attachée aux savoir-faire et à la réalisation dans les règles de l’art. Je sélectionne toujours des matières naturelles, le bois, le métal, de la soie, du lin, de la laine. Pour mes chantiers, je choisis aussi des œuvres en pièces uniques, ou séries limitées, comme celles présentées par la galerie Spazio Nobile. A deux reprises, nous avons organisé ensemble une exposition à l’Ancienne Nonciature.
Quelle est donc l’origine de ce lieu ? L’Ancienne Nonciature est un hôtel particulier de style néo-classique, ex-ambassade du Vatican à Bruxelles, au milieu du XIXe siècle. Situé en face de l’église du Grand Sablon, achetée en 2005 dans un piteux état, cinq années m’ont été nécessaires pour restaurer ses 1400 m2 et y installer notamment mes bureaux. Je dédie une autre partie de l’espace aux évènements et expositions, en collaboration avec des galeries d’art. Après avoir restitué les majestueux volumes initiaux, préservé le maximum d’éléments d’origine, j’ai recréé des ambiances dans l’esprit des lieux, sans pastiche, comme en atteste l’ancienne chapelle du Cardinal Pecci, devenu le pape Léon XIII.
Pourquoi avoir choisi de collaborer avec Charles Schambourg ? Le savoir-faire de cet atelier, actuellement dirigé par Nicolas Berryer, est unique au monde. Il fabrique des tissages avec de fines lanières de cuir et daim. Pour mes créations, je développe avec lui des tissages sur mesure, travaillant textures et couleurs, tout en donnant une modernité à ce savoir-faire. Ces tissages complexes recouvrent notamment des banquettes fabriquées avec des techniques à l’ancienne, en maintenant par exemple, le garnissage en crin de cheval. Dans mes créations, je recherche la sobriété alliée à un extrême raffinement.
Votre dernier projet d’envergure ? La restauration intérieure du Château de Calon-Ségur dans le Médoc, avec son pigeonnier et son orangerie, aménagée en salle de dégustation. Le travail sur la géométrie a valorisé les perspectives et les pièces en enfilade, pour retrouver les points de fuite. Aux matériaux travaillés à l’ancienne répondent les couleurs puisées dans les tonalités de la Gironde et des ceps de vigne. J’ai recherché antiquités et tableaux d’époque, dessiné tous les décors dans un esprit intemporel. Avec élégance et sans ostenta- tion, j’ai souligné le XVIIIe siècle d’une aristocra- tique maison, plantée dans ses vignes, comme si plusieurs générations s’étaient succédé en laissant leurs traces. Aux portraits anciens répondent les œuvres d’artistes contemporains, comme Lee Bae et Jörg Bräuer.
Votre prochain défi ? Consacrer plus de temps à la restauration de mon château, monument histo- rique classé des XIIe et XVe siècles. Ses toitures et spectaculaires charpentes, ainsi que ses 15 impo- santes cheminées d’origine ont été sauvées… Ce projet, dépassant ma simple existence, représente une mission de transmission, dont je ne suis que l’un des maillons.
Anne Derasse, la passeuse du temps
Anne Derasse, la passeuse du temps
Mots : Agnès Zamboni
Photos : Jorg Brauer
Elle a créé le premier dressing du Mannekens-Pis à la Maison du Roi, se passionne pour l’histoire des lieux qu’elle rénove, restaure un château en France… Entre modernité et tradition, les projets d’Anne Derasse entraînent le passé vers un futur ré-enchanté.
D’où vient votre passion pour les bâtiments historiques ? Leur aura traversant le temps me subjugue et m’émeut. J’ai suivi les cours d’architecture d’intérieur à Saint-Luc Bruxelles et je suis diplômée d’un master et d’une agrégation en histoire de l’Art à l’ULB. En redon- nant vie au patrimoine, je comble mon désir d’approfon- dir mes connaissances et celui de créer. Cependant, j’ai œuvré sur différents types de projets. Avec les marques de luxe de l’Oréal, j’ai aménagé des instituts de beauté et studios de maquillage. J’ai travaillé sur des lieux atypiques, le Crazy Horse, un appartement classé Artdéco, des lofts… En 1999, avec mon compagnon disparu, le galeriste et expert en œuvre d’art Willy d’Huysser, j’ai acquis le château de Montmoreau en Charente. En sa mémoire, j’ai persévéré dans cette restauration d’en- vergure et je la poursuis avec mon compagnon, artiste et photographe, Jörg Bräuer.
Quelles sont vos principales motivations ? De l’architecture d’intérieur jusqu’au choix des œuvres d’art, ma démarche est globale et fait naître des univers hors du temps, alliant les traces du passé et la contemporanéité.
Ma mission est de capter, préserver et transmettre l’âme des bâtisses, ce point d’ancrage immatériel entre l’his- toire des hommes et le passage du temps… Je recherche le goût de la mémoire qui a forgé les lieux. J’aime redon- ner vie à des pans entiers d’histoire et une nouvelle destinée à un site, pour façonner un cadre de vie à l’image de ses habitants. Les enjeux architecturaux sont d’abord humains
Pourquoi créer du mobilier ? A la recherche d’une symbiose totale, la création de meubles a toujours fait partie intégrante de mes projets. Je travaille les meubles comme des volumes, avec des lignes sobres capables d’exprimer des émotions. Je suis très attentive aux proportions et aux détails. C’est à chaque fois comme un prototype à mettre au point, car il n’y a jamais deux projets qui se ressemblent. Le mobilier intégré, quant à lui, est prévu, en amont, dès la conception du projet. Tout est réalisé par des artisans, car je suis très attachée aux savoir-faire et à la réalisation dans les règles de l’art. Je sélectionne toujours des matières naturelles, le bois, le métal, de la soie, du lin, de la laine. Pour mes chantiers, je choisis aussi des œuvres en pièces uniques, ou séries limitées, comme celles présentées par la galerie Spazio Nobile. A deux reprises, nous avons organisé ensemble une exposition à l’Ancienne Nonciature.
Quelle est donc l’origine de ce lieu ? L’Ancienne Nonciature est un hôtel particulier de style néo-classique, ex-ambassade du Vatican à Bruxelles, au milieu du XIXe siècle. Situé en face de l’église du Grand Sablon, achetée en 2005 dans un piteux état, cinq années m’ont été nécessaires pour restaurer ses 1400 m2 et y installer notamment mes bureaux. Je dédie une autre partie de l’espace aux évènements et expositions, en collaboration avec des galeries d’art. Après avoir restitué les majestueux volumes initiaux, préservé le maximum d’éléments d’origine, j’ai recréé des ambiances dans l’esprit des lieux, sans pastiche, comme en atteste l’ancienne chapelle du Cardinal Pecci, devenu le pape Léon XIII.
Pourquoi avoir choisi de collaborer avec Charles Schambourg ? Le savoir-faire de cet atelier, actuellement dirigé par Nicolas Berryer, est unique au monde. Il fabrique des tissages avec de fines lanières de cuir et daim. Pour mes créations, je développe avec lui des tissages sur mesure, travaillant textures et couleurs, tout en donnant une modernité à ce savoir-faire. Ces tissages complexes recouvrent notamment des banquettes fabriquées avec des techniques à l’ancienne, en maintenant par exemple, le garnissage en crin de cheval. Dans mes créations, je recherche la sobriété alliée à un extrême raffinement.
Votre dernier projet d’envergure ? La restauration intérieure du Château de Calon-Ségur dans le Médoc, avec son pigeonnier et son orangerie, aménagée en salle de dégustation. Le travail sur la géométrie a valorisé les perspectives et les pièces en enfilade, pour retrouver les points de fuite. Aux matériaux travaillés à l’ancienne répondent les couleurs puisées dans les tonalités de la Gironde et des ceps de vigne. J’ai recherché antiquités et tableaux d’époque, dessiné tous les décors dans un esprit intemporel. Avec élégance et sans ostenta- tion, j’ai souligné le XVIIIe siècle d’une aristocra- tique maison, plantée dans ses vignes, comme si plusieurs générations s’étaient succédé en laissant leurs traces. Aux portraits anciens répondent les œuvres d’artistes contemporains, comme Lee Bae et Jörg Bräuer.
Votre prochain défi ? Consacrer plus de temps à la restauration de mon château, monument histo- rique classé des XIIe et XVe siècles. Ses toitures et spectaculaires charpentes, ainsi que ses 15 impo- santes cheminées d’origine ont été sauvées… Ce projet, dépassant ma simple existence, représente une mission de transmission, dont je ne suis que l’un des maillons.
Les défis de Ben Storms
Les défis de Ben Storms
Mots : Agnès Zamboni
Photos : Alexander Popelier
Poids lourd et poids plume, ses créations sculpturales se posent, au sol, comme des coussins moelleux et aériens. Après le marbre, le nouveau challenge du designer Ben Storms : mettre le verre à l’épreuve !
Quel a été votre parcours ? J’ai étudié l’histoire de l’art à l’université de Gand tout en apprenant à travailler le bois et la pierre, le week-end et les vacances scolaires, dans des ateliers d’artisan. Après une collaboration avec le plasticien et sculpteur de polyester Nick Ervinck, j’ai entrepris une formation de design à Malines. Mon amour des matériaux, je le dois à mes parents qui étaient antiquaires. L’expo à l’atelier Jespers de Bruxelles, en 2015, a tout déclenché. La même année, mon travail a été récompensé par le prix Henry Van de Velde.
Pouvez-vous expliquer votre technique ? Dans ma pratique du design, je pars toujours des matériaux bruts. J’aime travailler les matériaux massifs, traditionnels et millénaires. Je les apprécie pour leur beauté et leur force naturelle. Mes méthodes de travail combinent techniques anciennes et manuelles comme le ponçage laborieux avec la numérisation et la sculpture digitale à commande numérique (CNC). Pour réaliser la table Ex Hale, j’ai fabriqué un moule en métal gonflé d’air. J’ai scanné cette forme en 3D pour la reproduire dans un bloc de marbre , grâce à une machine CNC. Les finitions à la main et le sablage sous pression adoucissent la matière ou évoquent le ton patiné d’un coussin, l’illusion s’un textile imprimé.
Comment réussissez-vous à inverser les impressions visuelles ? J’interroge le sens commun. Par exemple, la pierre doit-elle toujours paraître lourde ? En créant des formes qui frôlent les frontières de l’impossible, j’entraîne le spectateur à porter un regard neuf sur les matériaux familiers. Pour obtenir la finesse du plateau de la table In Vein, j’ai frôlé les limites de l’extrême. J’ai travaillé un plateau d’une épaisseur de 4 mm sur les bords, tout en conservant la solidité du marbre, je l’ai renforcé, en son centre, avec de la mousse et une plaque, comme un matériau sandwich et je l’ai augmenté, à cet endroit, de 4 à 5 cm. Le nom de cette table double fonction évoque à la fois les veines du marbre et le concept de Vanity, car le verso du plateau fait office de miroir, à poser contre un mur.
Obtenir un équilibre esthétique entre les matériaux est aussi très important. Les détails en cuir sur les tréteaux métalliques apportent une certaine douceur. Je n’imaginais pas de réaliser des rainures pour leur pliage et dépliage. Pour composer les tables In Hale, installées en parfait équilibre sur un coussin métallique, j’ai d’abord fabriqué les deux parties de l’enveloppe inférieure. Je les ai soudées ensemble comme une housse en laissant une ouverture pour les remplir d’air alors que la plaque de marbre, en partie supérieure, était déjà en place.
Pour la lampe Out of line, quel était le concept ? Pour cette pièce, j’ai revisité la méthode de fabrication traditionnelle du tambour, réalisée à partir des lamelles de bois. C’est totalement innovant et expérimental. J’ai juxtaposé de fines lamelles de marbre de 2 centimètres de large sur un textile, espacées, l’une de l’autre, de seulement 8 mm, pour les maintenir ensemble. Ma première pièce en prototype, un paravent, s’est révélée trop fragile à l’usage. Alors, j’ai imaginé une lampe avec abat-jour modulable, de dimensions réduites. Mais je dois encore perfectionner cette technique. Avec ce procédé, j’ai aussi l’idée de réaliser un siège avec un dossier en 3 D à partir d’une plaque de marbre mais qui restituerait le dessin complet de la veine. En utilisant une plaque, plutôt qu’un bloc, j’économise de la matière.
Comment avez-vous procédé pour le verre massif ? Le verre massif est coulé comme pour une sculpture en bronze, dans un atelier, en Tchéquie, un expert dans cette technique. Ces artisans travaillent aussi avec des artistes pour fabriquer leurs œuvres. La première pièce réalisée, avec eux, était une œuvre murale. Le moule a été réalisé sur mesure, en plâtre, également par leurs soins. La table basse In Hale en verre translucide a nécessité plus de 30 jours de fabrication. Le matériau doit devenir liquide pour être coulé dans le moule puis refroidir très lentement, dans le four, pour ne pas se briser.
Ben Storms exposera à Bruxelles à Art on Paper du 6 au 9 octobre 2022. Et ses créations s’envoleront en 2023 pour le Japon.
Julie Ruquois bâtit une architecture vivante
Julie Ruquois bâtit une architecture vivante
MOTS : Agnès Zamboni
PHOTOS : DR
Spécialisée dans le résidentiel, elle aime les atmosphères confortables, les couleurs et les matières chaleureuses pour habiller des volumes simples. La modernité de ses intérieurs s’exprime dans sa liberté de mixer le meilleur du passé et du présent.
Qu’avez-vous retenu de l’expérience chez Olivier Dwek ? Sa créativité, son intégration de l’art, sa détermination, sa ténacité m’ont surtout marqué. De mes 7 ans chez lui, j’ai gardé, le souci du détail, l’amour des belles matières, l’intransigeance pour les lignes épurées. Aujourd’hui, je travaille avec 3 personnes, dont Geoffroy, qui est venu plus récemment compléter notre équipe. Mes collaborateurs sont multitâches car ils m’épaulent dans le suivi de plusieurs projets, de A à Z, du gros-œuvre à la déco ! J’aime qu’ils s’imprègnent des dossiers autant que moi. Je garde le choix de la création et des matériaux, avec les clients, mais tout le reste, on le fait ensemble. J’aime travailler avec des architectes organisés, méticuleux, logiques.
Comment réussissez-vous à concilier architecture minimaliste et besoins humains ? Je ne me considère pas comme une architecte minimaliste pur jus ! J’en conserve évidemment les lignes épurées, le souci du détail pour faire disparaitre les techniques. Le « less is more », c’est magnifique dans les galeries ou musées mais pas toujours facile à vivre dans une maison familiale ! J’aime de plus en plus arrondir les angles, le mélange des matières, des couleurs, des styles, des époques. Bref tout ce qui rend un endroit vivant et personnel, pour ressentir de la joie et de la bonne humeur quand on rentre chez soi. Donc le minimalisme, oui, avec plaisir, si le projet s’y prête ! La leçon du Bauhaus était de réaliser ses projets comme une « œuvre d’art totale ». Moi-même, je n’arrive pas à concrétiser un projet sans imaginer les vues, son environnement, son contenu. Dès mes plans d’esquisse, je me retrouve à dessiner les abords, à proposer des tableaux et des sculptures, du mobilier et de la déco. J’ai besoin de m’imaginer bouger et profiter des espaces que je crée. J’adore mon époque car toute l’histoire de l’architecture inspire l’architecture d’aujourd’hui. On est libre de briser les codes, de proposer des mélanges osés. J’avoue avoir un faible pour le modernisme qui rompt radicalement avec le passé. Et un des grands défis actuels est de concilier architecture et impératifs énergétiques : un véritable virage s’amorce aujourd’hui dans notre métier.
Être mère avec 3 enfants est-il un avantage pour aménager un intérieur ? Le gros avantage d’être une maman qui travaille, c’est qu’on sait planifier, organiser, déléguer, bref « être efficace », et on n’a pas le choix. Pour cette raison, certains clients se sentent rassurés avec moi car je peux anticiper leurs besoins. Je me projette très facilement dans leur projet de vie et j’adore ça ! Est-ce ma féminité ou un trait de caractère qui fait que j’accorde beaucoup d’importance à l’ergonomie et à l’usage quotidien dans mes réalisations ? Sans doute ! Et pareil pour mon sens de l’écoute qui est la genèse de tout projet. Mais j’ai aussi d’autres passions, en dehors de mon travail et de ma famille, car il m’est essentiel de prendre du temps pour moi. Certains moments de grâce me stimulent et m’inspirent ! J’ai toujours aimé les sports d’adrénaline et surtout me retrouver seule face aux éléments plus forts que moi. J’aime la mer, de façon inconditionnelle, et les sports qui s’y pratiquent : planche à voile, ski nautique, plongée sous-marine. Et j’ai découvert un sport plus accessible : l’escalade en milieu naturel. Après une journée d’escalade à Freyr, un site exceptionnel en Wallonie, je relativise tout. Je suis sereine et détendue. C’est puissant ! En observant les artisans avec qui je travaille, j’ai eu aussi une forte envie de contact direct avec la matière. Je me suis mise à la poterie qui me procure un plaisir méditatif.
Aimeriez-vous vivre dans les espaces que vous concevez ? C’est là toute l’ambiguïté de mon métier. Je rêve de m’installer dans chacune de mes réalisations. Ma maison idéale serait située sur un site exceptionnel et j’aurais la liberté totale de laisser libre cours à mes envies architecturales. J’aime beaucoup d’endroits différents sur cette terre et cette maison serait la continuité de son environnement ! Elle sublimerait les éléments naturels qui l’entourent et serait composée de matériaux authentiques… Quant à ma vraie maison, typique du style Paquebot, tout en longueur avec de beaux arrondis, elle est signée Gaston Brunfaut.
Quelles sont vos réalisations en dehors de la Belgique et vos derniers projets ? Un appartement en Floride, une rénovation en Sardaigne, des plans de projet pour une maison au Mali, une transformation d’un chalet à la montagne… un autre projet à Dusseldörf. Actuellement, je termine une villa à Knokke et une autre à Grez-Doiceau. En cours, une construction neuve et deux rénovations à Rhode-Saint-Genèse, un autre chantier à Uccle et un gros projet de coworking dans un ancien garage à Matongué. Nous avons aussi complètement transformé une maison à Waterloo en agence immobilière. J’y ai installé mes bureaux à l’étage… après avoir longtemps travaillé à la maison et partagé des bureaux d’entreprises de construction.
Marie’s Corner - La signature couture du Royal Waterloo Golf Club
Marie’s Corner - La signature couture du Royal Waterloo Golf Club
Mots : Servane Calmant
Photos : Corentin Haubruge
En 30 ans, Marie’s Corner s’est s’imposé comme le spécialiste de l’assise « tailor-made ». 100, c’est le nombre de bougies que le Royal Waterloo Golf Club soufflera en 2023. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer ! Marie’s Corner a fourni les canapés, fauteuils, poufs du Club House du golf brabançon. Particularité : la tendance « Low dining » pour une atmosphère résolument cocoon. On en parle avec Serge Silber, l’un des deux CEO de la célèbre Maison belge.
Le président du Royal Waterloo Golf Club et l’agence d’architecture DF & Associés ont fait appel à Marie’s Corner pour les assises du restaurant, du bar, du salon télé… Une tripartite, c’est avant tout une aventure humaine ? Le Royal Waterloo Golf Club a en effet mandaté le bureau d’architecture DF & Associés pour le gros œuvre, les finitions intérieures et la déco, lequel a fait appel à nous pour les assises. Mais l’un et l’autre connaissaient notre maison, notre réputation, notre expertise en la matière et étaient également sensibles au fait que nous sommes une Maison belge qui continue à produire en Europe. Cette tripartite a exigé de nombreuses réunions. Il fallait être à l’écoute du client, répondre à ses attentes, ses exigences. Sur la longueur du chantier, s’est développée une belle aventure humaine à laquelle, en effet, je suis très sensible. Les belles rencontres et la satisfaction du client sont en tout point gratifiantes.
Quelles furent les exigences du golf et des architectes ? L’idée était d’ajouter au « dining » traditionnel, du « low dining », un concept très tendance où les tables et les sièges sont plus bas, les assises plus profondes, le tout alliant confort et convivialité. Le fait d’avoir associé, dans un même espace, ces deux concepts apportent un joli cachet au Club House. On a envie de s’y installer et d’y rester.
La personnalisation des assises, c’est votre point fort ! Oui, car si sur ce projet pour le Golf Club du Royal Waterloo, il n’y a pas eu de sur-mesure, on a néanmoins adapté plusieurs pièces du « dining » en « low dining ». Le fait que nous travaillons le monoproduit, les assises uniquement, renforce également notre expertise en la matière. Nous sommes les spécialistes du siège « tailor-made ».
Le cocooning a toujours la cote. Le Club House devient une sorte de refuge… Le client est toujours en quête d’endroits très cosy. On a donc importé dans l’horeca des codes de la maison. Le « feel at home » est très recherché. Le Club Housedu golf de Waterloo dégage une atmosphère stylée et très cocooning.
Y’a-t-il un style Club House ? Il doit correspondre à un panel très hétéroclite de clients à séduire. Les membres du Royal Waterloo Golf Club sont variés, plusieurs générations s’y côtoient. Contrairement aux restaurants ou hôtels qui ont un segment de marché bien défini, un golf brasse plus large.
Comment plaire au plus grand nombre ? Il faut jongler avec les modèles, les matières et les couleurs. Je prends un exemple précis : nous avons proposé des canapés Club-House, un modèle Chesterfield, c’est-à-dire un classique indémodable, intemporel, que nous avons réinventé. Sa version plus contemporaine en velours de couleur séduit également une génération plus jeune …
La déco, ça évolue ! Le Royal Waterloo Golf Club, comme d’autres, a opté pour une commande en MC Rent. En quoi consiste cette formule ? Il s’agit d’une formule unique de leasing que nous avons créée en 2018 pour les professionnels de l’Horeca. Pour faire court : elle permet aux hôtels et restaurants d’assurer l’ameublement de leur projet en mensualisant les frais. Quand on a beaucoup dépensé pour le gros œuvre et la déco, il reste parfois peu de budget pour les assises ! Ensuite, nous assurons l’entretien et la réparation des fauteuils, canapés, etc., pendant toute la durée du leasing, soit 4 ans. Enfin, au terme du contrat de leasing, l’utilisateur garde son mobilier s’il le trouve toujours à son goût ou le renouvelle pour des assises up-to-date via un nouveau contrat de leasing. En résumé : c’est une formule qui offre de la flexibilité financière, un service entretien et une franche flexibilité en fin de leasing.
Qu’est-ce qui rend un canapé Marie’s Corner iconique. Après 30 ans de carrière, vous devez avoir la réponse ! (Rire) C’est le public qui le rend iconique, pas ses créateurs. Tout d’un coup, tel ou tel fauteuil plait à beaucoup et ne se démodant pas, il traverse le temps. Il n’y a malheureusement pas de recettes. Il m’est arrivé de dessiner des modèles qui sont devenus iconiques bien malgré moi et d’autres auxquels je croyais dur comme fer, et qui ont rencontré moins de succès.
Maxime Jacquet - Le décorateur liégeois qui a conquis l’Amérique
Maxime Jacquet
Le décorateur liégeois qui a conquis l’Amérique
Mots : Agnès Zamboni
Photos : Anthony Barcelo
A 19 ans, il s’est envolé pour Hollywood, avec une simple formation commerciale, la passion chevillée au corps, prêt à réaliser ses rêves. 14 ans plus tard, ce travailleur acharné fait le point sur son parcours à Los Angeles.
Quelle formation avez-vous suivie ? Alors que mes parents ont remarqué, dès l’âge de 13 ans, mes capacités artistiques, je n’ai pas suivi de cours dans une école d’art. Ce type d’enseignement m’a refroidi. En Belgique, j’ai opté pour une formation courte en gestion d’entreprise. Remarqué sur la plateforme MySpace, j’ai débarqué, avec une certaine dose d’inconscience, un niveau d’anglais très moyen et pas de plan B, si j’échouais. Mais j’avais choisi un pays ouvert où les étrangers et les Européens qui ont réussi sont nombreux. A l’école de la débrouille, 3 portes se sont ouvertes et rien ne s’est passé. Puis un jour, vous passez à la télé, on vous écoute et votre avis devient important. Je me rappelle de ma première émission TV : à l’occasion d’un réveillon de Noël, je devais décorer une table. Je ne comprenais pas les questions et je répondais à côté mais les retours dans les audiences et les commentaires ont été bons.
Comment s’est déroulé votre premier projet ? Il s’agissait d’une maison à Malibu, une sorte de ranch immense avec 4 bâtiments de 1700 m2. J’ai proposé un style élégant et de bon goût, dans l’esprit de Ralph Lauren, l’idéal à l’américaine en version western. J’avais 3 mois et demi… des délais classiques ici, car il y a beaucoup de compétitivité entre les entreprises. J’ai réalisé ensuite le yacht et le jet privé du même propriétaire. J’ai intégré les codes et normes strictes de ces espaces où les règlementations sont drastiques. La première année m’a mis le pied à l’étrier.
Quelles sont les caractéristiques de votre clientèle ? Elle est exigeante et perfectionniste. Il ne faut pas lui dire non. A Los Angeles, on vit à 100 à l’heure. Rihanna me disait qu’elle considérait sa maison comme le seul endroit où elle ne se sentait pas jugée pas et où elle pouvait inviter qui elle désirait. Pour certains clients, j’ai déjà réalisé 5 à 7 maisons en 10 ans. A chaque chantier, il faut se surpasser pour que chaque client ait la même chose que les autres mais en mieux. Mes clients sont des enfants qui ont de gros moyens. Je conserve toujours un contact direct avec eux. Ils se découvrent souvent une passion pour la décoration dans l’espace de liberté que l’aménagement de leur maison leur offre.
Comment définissez-vous votre style ? Mon style est direct, extraverti, très créatif, comme le style de mes clients, acteurs, chanteurs… des créatifs dans leur domaine. Je lis beaucoup, j’apprends à travers l’art et je propose toujours à ma clientèle des œuvres pour personnaliser leur espace de vie. Mais je ne définis aucune hiérarchie entre les objets, je peux mêler de la vaisselle chinée pour quelques dollars avec de la cristallerie prestigieuse, des meubles vintage et des pièces uniques très modernes. Par contre, je n’ai pas d’attirance pour les copies d’anciens et les styles historiques sortis de leur contexte.
Quel est votre modèle ? Karl Lagerfeld, avec son talent multidisciplinaire et sa puissance de travail, est mon modèle. Très cultivé, il a aussi sauvé des maisons d’artisanat d’art et des métiers en voie de disparition en les faisant racheter par le financier Bernard Arnault. Je travaille 20 h par jour et ne prends quasi jamais de vacances. Je suis à 100 % dans mon travail et rien ne peut me rendre plus heureux. Avec mes 3 sociétés, je me dois d’être multitâche et je ne délègue pas facilement à mes assistants. Il y a quelques années, mon frère m’a suivi et il m’épaule avec ses compétences d’avocat.
Avez-vous une méthode ? Il faut d’abord comprendre le style de mes clients. Pour cela, je les écoute beaucoup, avant de faire mes propositions, surtout lors du premier rendez-vous, car 60 à 70 % des informations sont communiquées pendant cette première séance de travail. Dans les détails, on apprend beaucoup sur leur personnalité qui peut être très différente de leur image publique. Ensuite, si j’ai le temps, je fabrique des mood boards, avec des photos, des échantillons. Je pratique mon métier, à l’ancienne. Une idée de tee-shirt déchiré peut se transformer en canapé. Je choisis des meubles avec eux. Mais avec les célébrités, c’est souvent impossible de sortir pour faire des achats dans une boutique, sans qu’une horde de curieux ou de fans vous suive voire provoque une émeute !
Quels sont vos projets actuels ? Je vais bientôt créer une classe avec le désir de transmettre mon expérience mais aussi d’expliquer aux jeunes générations qu’il faut croire en ses rêves. Si on est passionné, il faut se lancer et on peut réussir en travaillant. J’aimerais refaire un show télévisé avec de jeunes candidats, en Asie ou aux Etats-Unis. Et surtout, je souhaite laisser une trace : créer une collection de meubles ou collaborer avec des éditeurs et marques pour dessiner des objets. Je ne les imagine pas forcément élitistes, de Baccarat à H & M, tout m’intéresse. C’est un challenge de créer avec des petits budgets. Et ce serait un plaisir de voir mes créations choisies, parmi tant d’autres, dans les intérieurs d’un plus large public.
AfIlo - L’excellence du “made in Italy” à Bruxelles
AfIlo
L’excellence du “made in Italy” à Bruxelles
Mots : Agnès Zamboni
Photos : DR
Dans l’écrin en brique de l’ancienne école des Ursulines dans le quartier du Châtelain, Thomas et Samantha Ersoch, et son équipe, présentent le savoir-faire d’une sélection de collections italiennes en aménagement d’intérieur contemporain. Au programme, des cuisines d’exception, des dressings à la fonctionnalité irréprochable, des systèmes de portes innovants… et l’accompagnement personnalisé de l’expertise d’Afílo.
Comment pouvez-vous définir Afílo ? L’origine du nom Afílo, voulait interpréter un signe architectural, il signifie le « fil à plomb » en italien. Ce terme exprime la précision, l’esprit sur mesure de nos projets. Accueil soigné, discussions et échanges constructifs, exclusivité des produits, nous valorisons notre différence. Nous sommes des “interior designers ” spécialisés dans l’excellence du “made in Italy”, capables de transcender les espaces avec des solutions inédites d’aménagement, des matériaux sublimés. Nous avons choisi des systèmes qui cachent des techniques de pointe. Nous voulons transmettre la magie de l’innovation qui se combine à l’émotion et à la sensibilité des matières. Les projets que nous suivons nécessitent beaucoup de réflexion et des études qui s’étendent de 9 mois à 1 an pour aboutir. Et ils évoluent souvent car nos clients découvrent chez nous des réponses inédites.
Pourquoi avoir choisi des marques italiennes ? Lorsque vous cherchez des solutions informatiques vous allez à la Silicon Valley au États Unis. Pour le design d’intérieur, la référence, c’est l’Italie. Les entreprises sont localisées essentiellement dans la région Brianza à proximité de Milan et autour de Venise. Nous avons établi une collaboration étroite avec un nombre restreint de fabricants italiens tous hautement spécialisés dans leur secteur d’activité : Minimal, Rimadesio, Minotti, Lema, Porro, Oikos, Viabizzuno, et bientôt une autre firme spécialisée dans la cuisine, Modulnova, va nous rejoindre pour offrir une offre premium élargie. Nous avons étudié pendant 2 ans son évolution avant de lui proposer de nous rejoindre. Toutes les collections doivent nous ressembler et ressembler à notre clientèle. Le fait que je sois originaire de l’Italie, c’est mon petit clin d’œil à ma région d’origine, le Lac Majeur au nord de Milan, ou sont présents un nombre important d’entreprises, facilite les contacts humains et les collaborations étroites avec les fournisseurs. En Italie, les entreprises sont souvent composées de structures familiales qui combinent à la fois innovation, technologie et une forte valorisation du travail artisanale.
La production est locale, reste souple et on peut intervenir pour s’adapter aux besoins particuliers d’un projet. Le même esprit que lorsque vous allez en Italie dans la plupart des restaurants ou ils sont attentifs à vous faire plaisir avez la possibilité de personnaliser vos choix ! La sélection des produits est un long parcours de rencontres humaines, d’émotions qui donnent comme résultats une qualité irréprochable sous différents points de vue, des solutions durables et une grande attention est réservée à l’évolution de notre environnement.
Pouvez-vous donner quelques exemples ? Nous aimons surprendre nos clients avec des produits à la technologie éprouvée qui combine éléments industrialisés et finitions artisanales. Identitaires, ils racontent des histoires. Par exemple la philosophie qui a accompagné la ligne de conduite des cuisines Minimal dans certains projets réalisés en collaboration avec l’architecte japonais de renom Tadao Ando. Nous proposons des portes d’entrée architecturales en verre blindé sur-mesure par ses finitions et pouvant atteindre des tailles jusqu’à 6 m de hauteur et 3,00 m de large.
Quel est le rôle de votre showroom ? Il joue en rôle majeur de notre identité, car il accompagne notre bureau d’étude à l’expression de nos idées, il veut être un espace ou le visiteur partage une expérience.
Outre notre showroom, nous avons ouvert en 2012 le flagshipstore Rimadesio.
Ces espaces sont indispensables pour approcher la subtilité des matières et de leurs finitions, comme la magie de la maille de métal, insérée dans le verre qui joue avec la lumière artificielle ou naturelle, ou le verre mat traité anti-griffure. Les matières sensuelles doivent être touchées et caressées. Un catalogue ou une présentation virtuelle ne permet pas, par exemple, d’apprécier personnellement une paroi coulissante qui glisse parfaitement dans ses rails.
Marc Merckx - L’esprit intemporel
Marc Merckx
L’esprit intemporel
Mots : Agnès Zamboni
Photo : DR
Il imagine des espaces lumineux et épurés, où les matières sont valorisées et soulignées par des finitions qui les subliment. La simplicité est son faire-valoir.
La rigueur, sa compagne.
Quelles école et formation avez-vous choisies ? J’ai fréquenté l’Académie de Sint-Niklaas. C’est une formation à temps partiel, que j’ai combinée, tout en travaillant, avec une activité quotidienne de graphiste. C’est un enseignement qui dure 6 ans et qui met beaucoup l’accent sur le développement personnel. Lorsque j’étais en dernière année, Vincent Van Duysen a remarqué mon travail et m’a demandé de commencer à travailler pour lui. Je me considère toujours très chanceux que Vincent m’ait donné cette chance. Débuter ma route à ses côtés, a été une expérience déterminante pour la suite de mon parcours. J’ai beaucoup appris de son approche sensuelle, de l’expérience physique de l’espace, de l’utilisation de matériaux tactiles et de l’importance de placer l’intégrité de l’utilisateur au cœur de nos préoccupations. J’ai décidé de quitter le bureau de Vincent lorsque j’ai remporté le concours de l’hôtel Robey à Chicago. Un peu plus tard, j’ai également eu l’opportunité de concevoir le siège de la marque belge de meubles Tribù. A cette époque, combiner mes propres projets et mon travail de directeur de création chez VVD (Vincent Van Duysen) n’était plus possible.
Comment définissez-vous votre style ? A l’agence, notre style se caractérise par une approche pure et essentielle des problèmes fondamentaux d’espace, de proportion et de lumière. Chaque commande est considérée comme un projet au design unique. Nous faisons bien sûr appel à des réalisations sur mesure. De nombreux éléments sont personnalisés (de l’éclairage au mobilier en passant par les poignées de porte) sont conçus spécifiquement pour chaque lieu, afin de créer un équilibre idéal entre les lignes de architecture et l’aménagement de l’intérieur, toujours adapté aux besoins spécifiques du client.
Quelles sont vos sources d’inspiration ? Tout ce qui m’entoure peut être source d’inspiration. Il y a tellement de choses dans la vie quotidienne qui semblent banales à première vue mais qui peuvent créer un fort sentiment d’inspiration. La beauté inspirante est partout, il suffit d’y jeter un œil et de la saisir. Mes modèles sont trop nombreux pour tous les mentionner, mais en voici quelques-uns : Carlo Scarpa, Dom Hans van der Laan, Luis Barragán, Jean-Michel Frank, Pierre Chareau, …
Les espaces extérieurs et les jardins sont-ils importants dans votre travail ? Oui, les jardins sont très importants dans notre travail. Nous visons toujours la globalité d’un projet où l’architecture, l’intérieur et l’extérieur sont intimement liés. Tous les éléments sont connectés les uns aux autres. Dans certains projets, nous définissons nous-mêmes les contours des jardins, en fonction des vues et des axes de l’architecture, mais dans la plupart des projets, nous essayons de collaborer, dès le début, avec l’architecte paysagiste ou le jardinier.
Comment appréhendez-vous les matériaux? Les matériaux jouent un rôle clé dans nos conceptions. Nous privilégions les matières naturelles avec une finition vieillie, patinée, pour exprimer un certain vécu. Nous aimons travailler avec des matières chaleureuses et naturelles, qui font référence à la terre, à ses teintes denses et ses nuances délicates. Les matières simples et authentiques qui ne sont pas nécessairement à la mode, mais plutôt intemporelles ont notre préférence, même si cela est aussi une tendance actuelle.
Participez-vous à la conception de mobilier ? J’ai dessiné une ligne de meubles extérieurs commercialisée par la société belge Tribu, et actuellement, j’ai de nouveaux projets dans ce sens car je travaille sur une nouvelle collection pour ce même éditeur. Elle sera lancée l’année prochaine. Je présente toujours ma propre gamme d’objets, baptisée ICO. Il s’agit d’une collection assez restreinte et entièrement fabriquée à la main en Belgique. Les formes sont à la fois sculpturales et fonctionnelles. Ce sont des objets qui sont conçus pour durer. Actuellement, je développe également une gamme de luminaires, basée sur la modularité, que j’ai déjà développé dans le cadre de projets résidentiels. Et une nouvelle collection d’objets ménagers pour l’entretien de la maison est également en route.
Quelles réalisations sont en cours ? Actuellement, nous travaillons sur de grandes rénovations et des maisons privées nouvellement construites en Belgique et au Royaume-Uni, une résidence d’artistes et une maison de vacances en Espagne, un grand immeuble de bureaux qui a toutes les caractéristiques d’une maison. Mais un de mes rêves est d’avoir, un jour, carte blanche pour l’aménagement intérieur d’un yacht de luxe. Dans ce type de projets, en tant que designer, votre savoir-faire est alors pleinement pris en compte. Il y a des limitations techniques et des règlementations pour la sécurité, dont il faut tenir compte, mais l’équipe qui se charge de mettre en place ce type de réalisation a généralement un énorme savoir-faire. Cela vous donne également plus d’options et de marge de manœuvre, en tant que concepteur, pour aller jusqu’au bout.
Dans l’écrin fleuri de POLLEN ATELIER
Dans l’écrin fleuri de POLLEN ATELIER
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Elodie Deceuninck
Créé par Aurélie Theunis il y a près de trois ans, Pollen Atelier est tout à la fois un lieu d’artisanat, de stylisme et de design floral. Mais aussi et surtout un créateur d’exception, dont les bouquets et installations cultivent la beauté champêtre et précieuse des fleurs séchées.
Lorsque l’on pousse la porte de Pollen Atelier, Il y a d’abord les couleurs qui nous emportent. Du jaune, du rosé, des tonalités de bleu et d’oranger, teintes vives comme nuances pastel. Affleure ensuite le parfum, celui d’un champ de fleurs, transposé en plein Bruxelles. Puis les contours se précisent et laissent apparaître des dizaines de bouquets et bottes, frais et séchés, qui recouvrent chaque espace disponible, suspendus au plafond comme disposés dans des pots et des soliflores. Tout à la fois sublimés et conservés dans leur essence champêtre. Quintessence même de l’âme de cet atelier fleuri et créatif, cueillir et préserver les plus fragiles créations de la nature et les faire perdurer avec délicatesse.
Fleurir les jours heureux et les intérieurs
En lançant Pollen Atelier, en décembre 2019, Aurélie Theunis troque un emploi d’account manager dans une agence de communication contre une plongée dans un monde qu’elle aime depuis l’enfance, celui des fleurs. Un projet un peu fou, commencé dans la cuisine d’un appartement de la capitale, autour de quelques bottes de fleurs fraiches, achetées au marché le matin même. Avec le pari audacieux de fleurir les mariages et d’en réaliser aussi couronnes et bouquets. Mais quelques mois après s’être lancée et avoir ouvert un premier atelier, la pandémie redistribue les cartes et fane toute possibilité de fêter les jours heureux. Aurélie doit alors repenser tout son concept et les fleurs séchées cette fois, s’imposent comme une évidence. « Soudain, les évènements, les mariages, étaient mis à l’arrêt. Après des moments de doute et de questionnements, nous avons alors commencé à livrer des bouquets de fleurs séchés et l’engouement a été immédiat. Les fleurs séchées demandent un travail particulier, vu leur fragilité et leur délicatesse. Mais elles se révèlent plus écoresponsables et durables, pouvant orner des lieux durant des années, ce que j’apprécie beaucoup. Une connaissance qui possédait un vaste champ de tulipes, nous a en parallèle aussi proposé de venir y cueillir des fleurs, pour ne pas laisser mourir sa production. De là est né le concept d’une plateforme proposant pour un bouquet acheté, un autre offert au personnel soignant. C’était l’occasion, autour d’une collaboration temporaire, de faire gagner la solidarité. Et c’est près de 2500 bouquets qui se sont vendus par ce biais ».
Laisser germer la créativité
Pollen a alors un site internet mais pas de boutique physique. Après quelques semaines passées à l’Auberge Espagnole, pop-up accueillant entrepreneurs et créateurs en quête d’un lieu où tester leur projet, Pollen pose ses valises débordantes de fleurs au Ciaccia, un resto bar en plein quartier du Châtelain, à l’activité mise entre parenthèses par la crise sanitaire et transformé en atelier végétal, pendant plus de quatre mois. Aurélie Theunis voit alors fleurir les opportunités. En plus des mariages, Pollen Atelier se lance dans les montages créatifs, installations atypiques et sublimes pour des boutiques et marques. C’est ainsi qu’elle pare la vitrine de Pierre Marcolini de citrons dans un écrin de feuillage, celle de Coucou Shop d’une fresque en fleurs des champs ou encore les bureaux d’Orta Store d’un grandiose montage. Si chez Chanel, Delvaux ou Dior, Pollen propose des ateliers créatifs sous forme de bars à fleurs, Aurélie met la même énergie à concevoir un bouquet de Fête des Mères, une pince complétant un voile de mariée ou un projet de plusieurs semaines visant magnifier une enseigne. Une énergie matinée de sensibilité et d’élégance et mue avant tout par la créativité : « J’adore le principe de pouvoir décliner la fleur sous de multiples formes, avec des énergies et des élans différents. Me rendre sur place, chez les gens ou en boutique et imaginer les lieux réinventés une fois fleuris, en fonction de l’espace, des textures, des matières. »
Mais Pollen, c’est aussi un savoir-faire et une attention toute particulière portée à chaque fleur, chaque bouton, comme à chaque client « Les fleurs séchées divergent totalement des fleurs fraiches. D’abord de par leur réalisation, puisque les tiges séchées sont nettement plus fines. Il en faut près du double pour composer un bouquet. La réalisation est elle aussi plus complexe car plus délicate. La plupart de nos fleurs viennent de Hollande. Une partie est déjà prête, mais nous en faisons nous-mêmes sécher plus de la moitié. Un processus de nettoyage d’abord puis d’accrochage et ensuite deux à trois semaines de séchage».
Dans les yeux et le sourire d’Aurélie, rayonne aujourd’hui le rappel de l’incroyable chemin parcouru en seulement trois ans par Pollen Atelier. De ce projet nourri et cultivé à coup d’idées parfois risquées mais toujours passionnées, tentées sur une impulsion soudaine et transformées en paris réussis. D’une expérimentation maison à, depuis septembre 2021, un nouveau pied à terre Ixellois, tout à la fois atelier et boutique, dont chaque recoin respire la poésie. De ces mois de travail seule chez elle, à l’équipe de cinq personnes fixes et de multiples intérimaires qui font désormais vivre et grandir Pollen. Et aux rencontres avec les amoureux des fleurs et tous ceux en quête d’une dose d’évasion champêtre à distiller dans leur intérieur, lors de marchés dédiés ou encore d’ateliers créatifs et d’EVJF. « Aujourd’hui, il arrive qu’on reçoive des mails ou des appels simplement pour nous remercier pour nos bouquets. Où que des gens entrent dans la boutique, charmés par la décoration et la façade de celle-ci. De petites attentions qui boostent au quotidien et nous rendent d’autant plus fiers et heureux de nos créations. »
Quand Valérie Barkowski prend le temps de se poser…
Quand Valérie Barkowski prend le temps de se poser…
Mots : Servane Calmant
Photos : DR
Globe-trotteuse impénitente, scénographe enthousiaste, créatrice inspirée de linge de maison à Marrakech, notre compatriote Valérie Barkowski a cent projets en tête et plusieurs vies. Parfois, elle trouve cependant le temps de se (re)poser ! Notamment pour nous accueillir dans sa « Dar » Kawa, une maison d’hôtes au cœur de la médina, où profiter de la douceur de vivre de la Ville Ocre.
La démarche décidée, Valérie Barkowski nous infiltre dans les dédales des ruelles de la médina, désormais son port d’attache, saluant ici un ferronnier chez lequel elle s’approvisionne pour créer des bougeoirs, là un marchand de tissus « pour recouvrir un fauteuil », là encore une créatrice japonaise, « c’est Warang Wayan, j’ai mis en scène ses créations, des ustensiles de cuisine en bois fins et délicats ». Mais Valérie, vous connaissez plein de monde ! Sourire. A quelques rues de sa Dar Kawa (une « dar » est une maison sans jardin intérieur, mais dotée d’une cour ou d’un patio, c’est Valérie qui nous fournira l’explication), notre compatriote a ouvert une boutique, bel écrin de douceur où elle expose ses créations. « Vous voyez les petits pompons de tissus qui entourent la tête oreiller, il y en a 115, tous faits à la main ! Allons à l’atelier, vous ferez ainsi connaissance avec mon équipe de brodeuses, car mon aventure, elle est avant tout collective. »
On l’écrivait d’emblée : Valérie Barkowski a eu plusieurs vies. La marque belge Mia Zia, oui oui les écharpes et chaussettes en maille à rayures, c’est Valérie qui l’a lancée en 1997, dans sa vie d’avant, « je me suis séparée de mon associée en 2007 » ; la ligne de linge de maison aux pompons, c’est toujours Valérie, elle l’a d’ailleurs commercialisée sous son propre nom, V. Barkowski. Rembobinons encore la cassette du temps, car si Valérie a mis le cap sur le Maroc en 1996, sa passion pour le linge de maison prend racine en Russie. Il faut la suivre cette femme-là !
« Début des années 90, j’ai travaillé en Russie comme courtière en art. J’habitais une datcha que je souhaitais aménager à mon goût, mais trouver du linge de maison était à cette époque mission impossible. J’ai alors acheté du lin au mètre, dessiné des taies, des draps, que j’ai fait broder par des babouchkas à la campagne. Quand j’ai quitté la Russie pour le Maroc, j’ai continué à dessiner du linge de maison, toujours en quête de brodeuses évidemment ! Mais au Maroc, la broderie, véritable savoir-faire ancestral, sert principalement à orner le trousseau de mariage. Ma quête était non seulement hors contexte mais, de surcroît, à Marrakech, personne ne faisait de pompons pour border le linge de lit. C’est en vacances, dans le Rif marocain, chez Françoise Dorget, la fondatrice de la marque Caravane, que j’ai découvert la tradition des pompons, un ornement pour le tissu qui couvre les hanches des femmes de la campagne. Bref, j’ai mis trois ans à trouver des brodeuses et, dans la foulée, à lancer ma collection de linge de maison. Et j’ai dû batailler ferme pour en arriver là. Vous allez sourire de l’anecdote : des ateliers de broderie, j’ai un jour reçu du linge de maison brodé de petits chats. La brodeuse trouvait en effet cet ornement plus joli ! »
Dans son magasin ouvert dans la médina de Marrakech en 2016, Valérie nous fait découvrir son linge de maison, une collection 100% artisanale, raffinée, inspirée, intemporelle, « mais qui évolue », brodée main et bordée de finitions en passementerie ou de pompons, sa signature ! Valérie séduit évidemment par son offre en ligne, mais c’est ici, à Marrakech, que le plaisir du shopping est total : « On trouve en effet dans mon store des pièces uniques, que l’on ne peut commander par internet. Je suis nostalgique de cette période où l’on revenait de vacances avec des cadeaux qu’on ne pouvait dénicher nulle part ailleurs … ».
Un amour de dar
Quand on lui demande pourquoi elle aime tant Marrakech, la réponse de Valérie ne se fait pas attendre : « l’hospitalité des Marocains et les soirées entre amis sur les toits de la ville quand les terrasses brillent de mille lumières et que l’on sirote un bon verre en oubliant le tumulte des ruelles encombrées ». Cet havre de paix, Valérie l’a trouvé, « après avoir visité au moins 300 maisons ! ». Trois ans de travaux ont été nécessaires pour parfaire son nid, une ancienne zaouïa, un lieu de méditation qui appartenait à la confrérie des Derkaoui, transformée avec l’aide de Quentin Wilbaux (un compatriote belge, architecte tournaisien, qui a sauvé et réhabilité des centaines de riads de Marrakech) en maison d’hôtes 5 chambres d’un raffinement exquis, entièrement décorée par Valérie. « Vous vous y sentez comme à la maison ? Alors, j’ai bien fait les choses… », nous lance-t-elle, avec enthousiasme, en nous invitant à prendre le petit-déjeuner, dans le patio. Chouette, des crêpes marocaines mille trous, préparées par Saïda, la cuisinière attitrée de la Dar Kawa. « Un massage vous tente, fin de journée ? J’ai installé le spa sur la terrasse et opté pour des produits 100% bio ». Dans le patio de sa « dar », Valérie a planté quatre orangers. « Quand je me couche dans mon sofa, je regarde les oranges et je n’en reviens toujours pas : ce paradis, il est à moi ».
Son carnet d’adresses à Marrakech
Plus61. Une cuisine à partager dans un décor épuré.
Bacha Coffee. Ouvert en septembre 2019, ce salon de café-restaurant à l’ambiance Belle Epoque, niché au sein du Musée des Confluences Dar el Bacha, invite à découvrir près de 200 cafés et une fine restauration.
Azalai Urban Souk. Une adresse gourmande à la déco bohème, qui met à l’honneur les produits du terroir local. Le chef Faiçal Zahraoui est une véritable étoile montante de la gastronomie marocaine.
Mustapha Blaoui. L’une des meilleures adresses de la médina pour la décoration d’intérieur.
Warang Wayan. Valérie Barkowki aime mettre en scène ses créations, mais aussi celles des autres, notamment les ustensiles de cuisine en bois fins et délicats de Warang Wyana, artiste japonaise basée à Marrakech où elle a une petite boutique.
Bazar du sud. La famille Lamdaghri propose des tapis et nattes uniques, confectionnés à la main par 200 artisans du Haut Atlas marocain.
Galerie 127. Spécialisée en photographie contemporaine marocaine et internationale.
MACCAL. Le Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden donne à voir l’art du Maroc et de ses pays voisins.