La chasse à l’homme de Lucas belvaux
La chasse à l’homme de Lucas belvaux
Mots : Ariane Dufourny
Photo : Gilles Pensart
Sacrée carte de visite ! Lucas Belvaux, acteur namurois et réalisateur de 11 longs métrages, signe avec « Les tourmentés » un premier roman noir et lumineux à la fois. A travers un style percutant, nous suivons les pensées tourmentées de Skender, Max, Madame, Manon et Dylan, pendant les six mois qui précèdent une chasse à l’homme délibérée entre adultes consentants.
« Les tourmentés », un roman choral à 5 voix où chaque personnage s’exprime. Pourquoi ce choix des soliloques ? La littérature m’a permis de me sentir plus libre même si mon expérience de l’écriture de script a probablement nourri mon écriture. Les soliloques permettent de rencontrer l’histoire et chacun des personnages sur plusieurs points de vue, mais aussi d’être au plus proche de leur intimité.
Un titre évocateur, un rythme narratif soutenu. Est-ce caractéristique de votre style ? C’est surtout révélateur d’une de mes douleurs : je panique à l’idée que le spectateur ou le lecteur s’ennuie ! Je travaille mes scénarios pour que le spectateur s’intéresse aux personnages, à leur histoire, et qu’il se sente entraîner dans une longue apnée où il oublie tout. Pareil pour le lecteur.
Qu’est-ce qui vous a inspiré ce roman noir ? L’époque, sa violence, sa dureté. A l’origine, le roman « Les tourmentés » est une idée de film. La chasse à l’homme est un genre en soi du film noir ou du film d’horreur. Au cinéma ou en littérature, ce genre confère une extrême liberté à celui qui l’écrit.
La chasse à l’homme m’évoque le film sorti en 1983, « Le prix du danger », d’Yves Boisset avec qui vous avez tourné dans « Allons z’enfants » en 1981. Une actualité plausible de nos jours ? On n’en est pas si loin, quand on voit comment certains assument le mensonge, notamment dans les propagandes. On est dans une ère d’idéologie de mensonges et les barrières tombent. Quelle sera la prochaine ? C’est plutôt inquiétant.
Le pouvoir de l’argent permet-il tout ? Oui ! Prenons, par exemple, Elon Musk qui décide de créer une galaxie de satellites qui tournent autour de la terre au détriment du bien commun…
Une chasse à l’homme : quelle proposition indécente ! Doit-on la comprendre comme un déclic nécessaire à une remise en question ? Des propositions indécentes, ce sont les gens qui vendent leurs organes vitaux. Dans mon roman, à partir du moment où Skender accepte la proposition de l’idée de mourir, il est déjà mort, en dehors du monde des vivants. Un choix tel que celui-là remet tout en question, comme une expérience de mort imminente. Ça change le point de vue.
Jusqu’où peut-on aller pour assurer le bonheur de ses enfants ? Certains sont prêts à mourir et iront très loin pour le bonheur de leurs enfants. D’autres, pas du tout. Le bonheur des enfants reste très théorique. Constatez par vous-même le nombre de crimes incestueux et d’agressions sexuelles. Ces gens-là mettent leurs enfants au service de leur propre bonheur.
Si vous deviez nommer Madame, cette femme traumatisée par une enfance volée, passionnée par l’art et la chasse ? Peut-être Agnès comme la jeune fille innocente, élevée par Arnolphe, dans « L’École des femmes ». C’est en partie cette pièce de Molière qui m’a inspiré le personnage de Madame.
Peut-on renoncer à tout par amour, comme certains de vos protagonistes ? Oui, on peut renoncer à tout par amour. Se remettre en question profondément par amour, par amitié, par changement de point de vue sur le monde.
« Les tourmentés » se veut-il un roman sombre d’apprentissage ? Oui, un roman d’apprentissage paradoxal car il ne concerne pas des enfants ou adolescents mais des adultes. Des adultes qui ont eu des enfances fracassées, des adolescences volées. Des adultes pas complètement formés, mûrs. Il faudra des événements extrêmes pour qu’ils deviennent des adultes accomplis.
Prévoyez-vous de mettre en scène votre roman ? Je l’espère, je travaille actuellement sur son adaptation pour le cinéma.
Dites-nous, Marie Daulne …
Dites-nous, Marie Daulne …
Mots : Servane Calmant
Photo : DR
Avec l’artiste belgo-congolaise Marie Daulne aka Zap Mama, on a parlé d’ « Odyssée », son nouvel album, d’identité, de legs culturel, des cours d’Ethno Vocal Groove qu’elle dispense, de rumba congolaise aussi. Rencontre avec une femme inspirante, pilier du circuit des musiques du monde depuis plus de 25 ans.
Vous avez neuf albums à votre actif, « Odyssée » est cependant votre premier album 100% francophone. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Le public de Zap Mama était plus anglo-saxon que francophone (aux États-Unis, le premier album du groupe est resté onze semaines en tête des ventes du classement Musiques du monde du Billboard – ndlr). Un public plus flamand que wallon également, allez savoir pourquoi ! Ensuite, en abordant l’aventure musicale en solo avec le nom originel du groupe, j’ai continué sur ma lancée. Puis, en 2000, je me suis installée à New York, chanter en anglais s’imposait également…
Que vous inspire la francophonie ? Mon enfance. Mes racines sont francophones; ma mère, congolaise, nous parlait exclusivement en français. Mes références culturelles le sont aussi. Mama était fan d’Adamo, il a d’ailleurs accepté de signer les paroles d’une chanson sur mon nouvel album.
« Odyssée », le titre de ce nouvel opus, « reflète parfaitement votre état d’esprit actuel », dites-vous … Oui. Je suis dans la belle cinquantaine avec, derrière moi, 9 albums, une carrière riche et mouvementée dont je suis très satisfaite, mais très sincèrement, je me vois mal continuer à faire des tournées de ville en ville pendant encore des années. Alors, j’ai réfléchi à mon legs, à la manière dont je pourrais devenir une sorte de référence pour toutes les femmes issues de deux cultures, notamment belges et congolaises, souvent en quête d’identité. « Odyssée », c’est une invitation musicale à trouver le bon chemin de la vie même s’il est parsemé d’embûches – le contentieux belgo-congolais pour preuve. Cet album est imprégné de ma philosophie de vie : si on ne sait pas changer le monde, il faut être capable d’en voir la positivité, les bonnes énergies. D’où ce cocktail sonore énergisant qui se métisse dans une belle aventure afropéenne …
Votre univers emprunte à nouveau tous les chemins musicaux du monde, afro, latino, hip-hop, jazz, urban, et même de la rumba congolaise… Enfin reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO ! Là encore je fais référence à mes racines belgo-congolaises. Honneur à la rumba oui, mais métissée avec des sonorités occidentales, ce qui donne presque de la salsa … Stromae s’est également inspiré de la culture musicale du Congo avec le succès qu’on lui connaît.
Il y a toujours beaucoup de groove dans vos albums, comment ça se travaille ? Sans être trop technique, on choisit des ondes sonores qui s’adressent directement au corps, plutôt qu’au mental. Ensuite, on construit un ensemble rythmique qui donne envie de bouger !

Dans « A mi », votre deuxième single envoyé en éclaireur, vous chantez ce refrain « mi joy, mi pain », presqu’un cri. La vie, c’est mi-joie mi-peine ? Je reviens d’une mission au Congo où j’ai été rejoindre l’équipe du médecin Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » (et Prix Nobel de la paix 2018 pour son combat contre les violences faites aux femmes – ndlr) pour animer un atelier de musicothérapie. J’ai été impressionnée par le travail de la musique sur ces jeunes « survivantes ». Chanter leur permet d’échapper, un instant, à leurs tragiques souvenirs et sert surtout à briser l’isolement social dont souffrent beaucoup de victimes de viol. Ces femmes, je les ai vues revivre, chanter, sourire, rire. Je leur ai notamment appris des mélodies qu’elles peuvent chanter à tue-tête ou intérieurement à l’instar des berceuses. A cet effet, j’ai développé une méthode, l’Ethno Vocal Groove, inspirée de la culture congolaise de ma mère qui m’enseignait à rester positive grâce au chant, qui s’inscrit parfaitement dans la musicothérapie. Mon souhait est de former des filles sur place, au Congo, pour enseigner cette méthode.
Votre fille, K-Zia, emprunte le même chemin que vous puisqu’elle a décidé de s’exprimer en musique. Quel a été votre premier conseil de mère ? Comme ma fille a toujours baigné dans la musique, je lui ai conseillé d’avoir d’autres outils en main. Elle a décroché un diplôme en communication. Toute ma vie, je l’ai mise en garde : si tu vois ta mère heureuse, ce n’est pas parce que la musique rend heureux/se, c’est parce que j’ai choisi ma voie. Trouve la tienne. Aujourd’hui, elle chante et elle vient tout récemment de réaliser un rêve d’enfant en décrochant un rôle dans un film français.
25 ans de carrière. Un souvenir musical inoubliable ? Une rencontre plus marquante que d’autres ? Il y en a plein mais puisque vous me demandez de choisir. Mémorables : les quatre concerts au Hollywood Bawl à Los Angeles. Importante : la rencontre musicale avec Erykah Badu. J’ai beaucoup de respect pour la chanteuse – il n’y a jamais eu de rivalité entre nous, au contraire, plutôt de l’amitié – et beaucoup de respect pour la femme, la militante, qui a aidé les Afro-Américaines à sortir de leur ghetto.
Juliette Nothomb - « Je n’ai rien oublié de ma fascination enfantine puis adolescente, de l’ivresse des sensations chevalines »
Juliette Nothomb
« Je n’ai rien oublié de ma fascination enfantine puis adolescente, de l’ivresse des sensations chevalines »
Mots : Ariane dufourny
Photo : France Dubois
On connait Juliette Nothomb à travers ses romans pour enfants et ses livres de cuisine. A l’occasion de la rentrée littéraire, l’autrice belge, sœur aînée d’Amélie Nothomb, nous présente son « Éloge du cheval » et invite les amoureux de la plus noble conquête de l’homme à célébrer l’harmonie et la liberté dont cet animal est l’incarnation.
Comment le cheval a-t-il entraîné l’homme vers son destin ? Le cheval est une force de mobilité mais aussi une arme de guerre qui peut, si on le dresse, se révéler très bon combattant. Sans le cheval, le destin de l’homme aurait donc été différent…
Quel est le rôle de la musique dans la vie du cheval ? La musique a toujours accompagné le cheval de guerre ou de parade. A des fins militaires, les tambours et trompettes effrayaient l’ennemi. Et au Moyen-Âge, les haquenées, ces juments d’allure douce étaient montées par les dames pour épater la galerie. On ajoutait de la musique au cortège pour accentuer la splendeur de la parade.
A 8 ans, vous avez eu un coup de foudre pour le cheval. Comment cet animal peut-il changer une vie ? Un sport que vous pratiquez en tandem avec un animal, dont on doit se faire comprendre sans parler ou presque, est inédit pour un enfant ou un adulte. On peut commencer à n’importe quel âge. Mon grand-père a débuté à 40 ans et est devenu un cavalier émérite. Aucun sportif professionnel, dans une autre discipline, ne pourra prétendre à faire de la compétition s’il apprend sur le tard.
Un enfant pratiquant l’équitation devient-il plus vite responsable qu’un autre ? Certainement s’il le fait sérieusement, pas pour la frime, et s’il aime son cheval car on ne peut pas aimer l’équitation sans aimer le cheval. Forcément, quand on aime un animal, on devient responsable.
Recommanderiez-vous l’équitation aux parents à la recherche d’un sport pour leur enfant ? Il faut que ça amuse l’enfant car certains ont peur et contre la peur, on ne peut rien. Celle-ci n’est pas injustifiée car ce n’est pas un animal de tout repos. Au siècle précédent, on faisait monter tous les garçons, et surtout les timorés qui se devaient d’être courageux. Heureusement, aujourd’hui, on pratique l’équitation par passion.
Quel cheval réel ou imaginaire vous a le plus marquée ? Dans les années 80, en France, le fameux Ourasi. Et en Belgique, on parlait d’un certain Taïwan qui était régulièrement dans le tiercé gagnant. Le journaliste hippique avait un cheveu sur la langue et prononçait Taiwan sans trémas. Ca nous faisait rire car, à l’époque, tout un chacun ne connaissait pas l’existence de ce tout petit pays perdu à côté de la Chine. Et puis les chevaux légendaires comme Bayard, le cheval des 4 quatre fils Aymon. Sa statue, à Namur, où il semble traverser La Meuse d’un seul bond avec quatre cavaliers sur le dos est extrêmement impressionnante.
En 2019, la Belgique a été sacrée championne d’Europe par équipes de saut d’obstacles. En 2O21, notre pays a décroché la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Tokyo. En 2022, le cavalier Jérôme Guéry est sacré vice-champion du monde du concours individuel de saut d’obstacles au Mondial d’équitation avec son cheval Quel Homme de Hus . Vous passionnez-vous pour nos cavaliers belges et leurs chevaux ? J’ai gardé la passion et les connaissances mais je ne regarde les compétitions sportives qu’à l’occasion, à la télévision, même si je suis toujours aussi admirative de ce sport magnifique ou l’homme et la femme sont égaux vu qu’ils concourent ensemble.
Sœur d’Amélie Nothomb, un nom difficile à porter ou un tremplin ? Un tremplin et un très grand bonheur parce que ma sœur et moi, nous nous adorons. Avant qu’elle soit connue, on s’adorait. Depuis qu’elle est connue, on s’adore. Rien n’a changé ! Je me réjouis de sa notoriété parce qu’elle est vraiment douée. Si je n’étais pas sa sœur, je compterais parmi ses fans.
Du tac au tac avec Juliette
Quels sont vos points communs les plus flagrants ? Les souvenirs. Quand on raconte une anecdote, on utilise parfois les mêmes mots. Nous avons en passion commune le cinéma, la musique et l’écriture. Et la gourmandise, bien sûr.
Quelle est la plus grande qualité de votre sœur ? Sa générosité et son altruisme. Si quelqu’un de son entourage souffre, elle va souffrir en même temps que lui. Son côté christique me fait rire.
Son plus grand défaut ? L’impatience. Il faut que les choses soient faites vite car Amélie est très volontaire et pas du tout velléitaire. Cette réponse est un joker car ce n’est pas un défaut.
Vous appelez-vous souvent ? Tous les jours ! On ne se voit pas tellement mais quand on se revoit c’est comme si on s’était quittées la veille parce que le fil de la conversation n’a jamais été coupé.
A vos yeux, qu’est-ce qui rend si précieux l’amour sororal ? La confiance. On n’est pas seulement sœurs, on est aussi meilleures amies à la différence qu’on se connaît depuis toujours.
Comment qualifieriez-vous votre relation ? Fusionnelle.
Amélie nothomb - « Il nous appartient de nous délivrer d’une malédiction verbale de notre jeunesse »
Amélie nothomb
« Il nous appartient de nous délivrer d’une malédiction verbale de notre jeunesse »
Mots : Ariane Dufourny
Photo : Niko Aliagas
Pas de rentrée littéraire sans une Amélie Nothomb d’une régularité métronomique. L’auteure belge qui vient de fêter ses 55 ans poursuit son exploration des rapports familiaux avec « Le livre des sœurs », un 31e roman consacré à l’amour sororal. Une fiction qui nous renvoie à sa relation très forte avec son aînée, Juliette Nothomb, dont le nouveau roman sort au même moment.
« Le livre des sœurs » sort en même temps que « Éloge du cheval », le roman de votre sœur. Hasard du calendrier ou amour coordonné ? Quand j’ai su qu’Albin Michel, mon éditeur, publierait mon livre à la date habituelle, c’était l’occasion pour Juliette de publier son chef-d’œuvre « Éloge du cheval ». Ça nous donne l’immense plaisir de participer ensemble à de nombreuses émissions et séances de dédicace. C’est parfait !
Vous avez consacré « Premier sang » à votre père adoré. Sont-ce les déracinements liés à son métier de diplomate qui ont fait de vous des sœurs si proches ? Juliette a été très souvent ma seule compagnie dans des pays politiquement ou économiquement compliqués, où ne pouvions pas aller à l’école, où nous n’avions pas d’amis. On s’entendait déjà magnifiquement bien, mais ça nous a encore plus soudées.
A l’image de vos protagonistes, vous êtes-vous sentie délaissée par vos parents ? Non, mes parents, par leur métier, étaient tenus de sortir le soir. Ma sœur et moi, toutes les soirées de notre enfance, nous étions seules. Ça ne fait pas de nous des enfants délaissées mais le regard de nos parents sur nous, n’était pas aussi fréquent que nous pouvions l’espérer.
Tristane est une enfant surdouée passionnée par la littérature. Pourtant, elle vit le drame d’apparaitre comme une petite fille terne ? Avez-vous eu le même ressenti ? On ne m’a jamais traité de petite fille terne, en revanche de jeune fille laide, oui. La première fois que ma grand-mère m’a vue, elle m’a dit « ma petite, j’espère que tu es intelligente parce que tu es tellement laide ». Croyez-moi, ce n’était pas pour rire ; d’ailleurs, je n’ai pas ri du tout. Ça m’a beaucoup fait souffrir pendant mon adolescence.
En quatrième de couverture, on peut lire ceci: « Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne ». Des mots peuvent être assassins ou marquer notre futur. Comment y échapper ? Nous avons presque tous connu, dans notre enfance ou notre adolescence, un épisode ou un mot qui nous est apparu comme une condamnation. Un mot maladroit, mal interprété, parfois réellement malveillant. Après de longues années de souffrance intense, cette parole n’était-elle pas simplement dite par inadvertance ? Était-ce finalement si négatif ? N’était-ce pas juste une idiote qui a formulé une bêtise? Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne et il nous appartient, à l’âge adulte, de nous délivrer d’une malédiction verbale de notre jeunesse.
Cosette, la cousine de vos héroïnes, souffre d’anorexie. Une maladie que vous avez traversée durant votre adolescence. Qu’est-ce qui vous a permis de la surmonter ? Un miracle très violent ! A quinze ans et demi, je sentais vraiment que j’étais en train de mourir. A un moment, mon corps s’est séparé de mon âme. Celle-ci poussait des hurlements disant « Hors de question que tu manges. Je t’interdis de manger ». Mon corps n’a pas obéi à mon âme et est allé manger, tous les jours. Ca m’a guéri, en même temps, ce fut une énorme souffrance de vivre le corps séparé de l’âme. C’est grâce à l’écriture que j’ai pu, peu à peu, réintroduire mon âme dans mon corps.
L’étymologie de Tristane, votre héroïne, est dérivée de « tristis » qui signifie « triste. Celle de Laetitia, sa cadette, « joie ». A l’image des sœurs Nothomb ? Paradoxalement, on dirait que je suis très joyeuse et ma sœur a facilement l’air mélancolique, alors que c’est exactement le contraire. Mais ça ne se voit pas sur nos visages.
Tristane apprend à parler et à écrire précocement. Fut-ce également votre cas ? J’ai appris à lire quand je n’avais pas trois ans avec « Tintin en Amérique ». Au moment où la vache ressort de l’usine sous forme d’une saucisse, je me suis aperçue que je savais lire et que j’avais appris toute seule !
Vous êtes la petite sœur de Juliette. Trois ans vous séparent. Tristane se sent comme la cadette de Laetitia. Inversement, vous sentez-vous le moteur de votre fratrie ? A l’adolescence, j’ai eu l’impression que je devenais la sœur aînée, d’avoir plus d’expérience que ma sœur et le besoin de la protéger.
Votre succès a-t-il été un frein à l’amour qui vous unit à votre grande sœur ? Non, il n’y a jamais eu aucune forme de jalousie entre Juliette et moi. C’est formidable !
Du tac au tac avec Amélie
Quels sont vos points communs les plus flagrants ? Les souvenirs et la gourmandise.
Quelle est la plus grande qualité de votre sœur ? C’est une personne d’une gentillesse inimaginable.
Son plus grand défaut ? Elle est tout le temps dans la lune.
Vous appelez-vous souvent ? Elle est la première personne que j’appelle tous les matins.
A vos yeux, qu’est-ce qui rend si précieux l’amour sororal ? C’est le seul amour où le rapport de force est vraiment impossible.
Comment qualifieriez-vous votre relation ? Fusionnelle.
Dans le regard de Charlotte Abramow
Dans le regard de Charlotte Abramow
Mots : Barbara Wesoly
Photos : Charlotte Abramov
« C’est le regard qui fait le monde » affirme l’écrivaine Martine Delerm. Et lorsqu’il s’agit de Charlotte Abramow, rien ne pourrait être plus vrai. Dans le prisme de celui-ci, l’univers, l’humain et le corps y sont sublimés avec une désarmante sincérité, à laquelle se mêlent surréalisme et poésie. Depuis ce début du mois de septembre, l’artiste belge expose pour la première fois ses photographies sur ses terres bruxelloises. Une rétrospective de son œuvre féministe et engagée, tout à la fois intime et universelle.
Lorsque l’on demande à Charlotte Abramow ce qu’elle pense de son parcours, elle éclate d’un rire désarmant et se fend malicieusement d’un « j’ai soudainement l’impression d’avoir quatre-vingts ans ». Seules deux décennies séparent pourtant l’adolescente de dix-sept ans, qui se voyait décrite par l’illustre photographe Paolo Roversi comme ayant « La fragilité et l’âme d’une guerrière » et celle qui signe aujourd’hui une exposition à Hangar à Bruxelles, après la Galerie Fisheye à Arles et la Galerie Richard Taittinger à New York. Des années qui l’ont vu prendre la direction artistique du projet « BROL » d’Angèle et la réalisation de trois de ses clips mais aussi celle d’une version revisitée des « Passantes » de George Brassens. Concevoir « MAURICE, Tristesse et Rigolade », un livre racontant par l’image le parcours de vie et la renaissance de son père, au sortir du cancer et d’un coma. Photographier des personnalités , tout comme sa relation à sa mère et évoquer le corps, la sexualité, le consentement et la féminité sous de multiples formes, oniriques comme incisives. Un parcours pluriel, libre et lumineux qui donne au titre de son exposition belge « Volle Petrol », flandricisme de « à toute vitesse », tout son sens, mais aussi ses lettres de noblesse.
Vos premières photos, vous les avez réalisées à sept ans, dans la cour de l’école. Qu’est-ce qui, petite fille, vous attirait dans l’image ? « Mes parents m’ont sensibilisée très jeune à l’art et tout particulièrement à la peinture. Et ma maman avait l’habitude d’immortaliser nos souvenirs de famille à l’argentique. Je me rappelle qu’on m’avait donné un appareil photo jetable pour partir en classe verte. J’adorais faire poser mes copines, capter des souvenirs qui sont maintenant des images un peu absurdes. Quand on est petit, il y a une forme d’originalité, de spontanéité particulière. Mais ce n’est devenu une vraie passion qu’à 13 ans. On m’avait offert un petit modèle numérique, qui permettait de prendre des clichés en macro et un jour d’été où je m’ennuyais ferme, j’ai commencé à photographier les fleurs, les chats. C’était l’époque des Syblogs et je prenais des images de n’importe quoi pour les mettre sur mon profil. Puis j’ai débuté les autoportraits et des photos de mes amies. Au fil du temps, cela s’est transposé à des jeunes filles inconnues de Bruxelles et la photographie ne m’a plus jamais lâché. »
Vos clichés rappellent des peintures surréalistes, avec une place toute particulière à l’esthétisme et à la couleur. Est-ce un choix revendiqué ? « La peinture continue en effet énormément à m’inspirer, qu’il s’agisse des pigments, des teintes, de la texture, comme de l’imaginaire qui lui est propre. Et notamment Miro, qui m’a beaucoup influencé depuis l’enfance, par ses compositions, ses couleurs. Je pense qu’inconsciemment cela s’est traduit dans ma manière de façonner les images. Je reviens en effet toujours à la couleur. Elle possède un attrait particulier à mes yeux, même si j’apprécie aussi de m’approprier le noir et blanc, en fonction du contexte, de la lumière et du rendu recherché. Comme lors d’un récent travail sur des apicultrices, le projet « PIQUÉES » réalisé à l’occasion d’une expédition pour Guerlain et l’UNESCO et exposé à la Maison Guerlain de Paris jusqu’à mi-octobre. Représenter ces femmes en tenue blanche, casque noir, en pleine nature, donnait aux clichés une dynamique dramatique, intéressante et étrange. J’aime avant tout expérimenter. »
Vous êtes aussi passée derrière la caméra, notamment pour tourner plusieurs clips pour Angèle. Était-ce une sorte de digression, de parenthèse ou une suite logique de votre travail ? « Je savais que j’allais devoir à un moment m’essayer à la vidéo car elle est partie intégrante du monde de l’image. Ce n’est pas une parenthèse mais plus une branche, un médium ajouté à ma manière de travailler. Différent, même s’il demeure au final ce principe de chef d’orchestre, de savoir ce que l’on veut dire, comment. Je le considère comme un tandem avec la photo, une autre manière de raconter, avec tout le pouvoir du son, de la musique, qui apporte une autre sorte d’émotion, une autre temporalité. »
Et en dehors des collaborations avec des marques, des artistes ou des magazines comment débutent vos projets ? Sont-ils forcément préparés ou parfois totalement spontanés ? « Je dirais qu’ils sont à 80% pensés et mis en scène. Mais il arrive que la thématique m’inspire, sans pour autant que je sache véritablement où elle va me mener. C’était le cas pour la série « Find Your Clitoris », qui explore le plaisir féminin. J’avais envie d’images en gros plan, assez charnelles et érotiques, mais je n’avais pas d’idée précise de tableaux à composer. Idem pour « 40 min of Anaïs », qui était une totale improvisation de body painting. C’est alors plus une question d’image que d’envie cérébrale, de volonté de faire passer un message. C’était tout le contraire pour les portraits de l’auteure féministe Rokhaya Diallo et pour le projet Maurice où chaque détail a son importance. Mais je me laisse toujours une part de rencontre, d’instinct et d’expérimentation, la possibilité d’être emmenée vers des chemins inattendus. »
Quelle est pour vous l’essence d’un cliché réussi ? « C’est évidemment assez subjectif, mais pour moi, c’est une image qui reste, qui marque et provoque quelque chose d’indicible en soi. Qui peut être purement esthétique, et procurer du plaisir à regarder ou qui au contraire chamboule. Mais qui en tous les cas percute. »
Qu’est-ce qui justement vous émeut au quotidien ? « Cela peut sembler bateau, mais un peu tout. Un petit vieux qui rate son bus, des visages, des gens dans la rue, des corps, des manières de se mouvoir, des parcours et des étapes de la vie. Notre société, ce qu’elle traverse, notre manière de percevoir les choses et comment on y réagit. Finalement la photo amène à comprendre une part de l’existence. »
Et représente une certaine forme de thérapie ? « Oui sans doute. Fatalement, le cas le plus parlant a été le « Projet Maurice », qui abordait le cancer et le coma de mon père, sa reconstruction et sa renaissance. La photographie m’a permis de voir et de vivre sa maladie différemment. De l’apprivoiser à la manière d’une poésie plutôt qu’à en subir les séquelles. Lorsque je traite des thèmes comme le corps, ou la réappropriation du plaisir, cela peut aussi évoquer une forme thérapeutique, proche ou lointaine, une façon de digérer les choses autrement. »
Vos photos abordent des thèmes cruciaux, personnels, parfois douloureux, mais avec toujours une dose de pudeur, de poésie et aussi de surréalisme. Un mélange de légèreté et de gravité qui se doivent pour vous de cohabiter ? « Je n’essaye pas volontairement de mêler sérieux et absurde mais c’est ma manière de vivre et de retraduire ce que je rencontre et traverse. Une forme de naïveté, de bienveillance et de douceur, même quand c’est dur. Ce qui compte pour moi, c’est que les images puissent être un point de départ à la discussion, à la réflexion et au partage. Pas une finalité, mais une main tendue. »
Exposer ses créations, est-ce un aboutissement pour vous ? « Oui, c’est un accomplissement, un rêve. Et « Volle Petrol » à Hangar est la continuité de mes deux précédentes expositions à Arles et New York. C’est un retour concret sur les thématiques que j’ai pu aborder au fil des années. Sur ce parcours des vestiaires des filles où l’on comparait nos poitrines à des questions plus politiques et sociales, avec la découverte du féminisme, que je vois comme un grand projet de justice sociale. Même si la pression du retour au bercail est d’autant plus forte. Cela me rend vulnérable mais aussi très heureuse. »
Vous vivez désormais à Paris, mais demeurez très attachée à la Belgique ? « Je suis surtout attachée aux Belges et à leur manière d’être. J’ai découvert que la Belgique, on l’aime quand on la quitte ; c’est en partant qu’on voit à quel point elle est particulière. C’est cliché mais je trouve dans cette sympathie inhérente, cette forme d’autodérision et de détachement, une vraie poésie. »
Quels sont vos projets en cours ou à venir ? « Rien n’est encore vraiment défini. Comme beaucoup, la crise du Covid m’a fait relativiser sur l’essentialité des choses et amené à une profonde réflexion. Personne n’est sorti indemne de cette période. Et j’ai envie de transformer cette angoisse en moteur de créativité. Mon travail m’a amené à réaliser si souvent que l’intime, le corps, le tabou ou encore la peine, sont des thèmes aussi personnels et intérieurs qu’universels. Et même si j’ignore encore sous quelle forme, je continuerai de les explorer. »
Pierre De Maere - Born to be Alive. Et célèbre.
Pierre De Maere
Born to be Alive. Et célèbre.
Mots : Servane Calmant
Photos : Anthony Dehez
« Make me famous, please », c’est Pierre de Maere, troublante gueule d’ange aux yeux bleus d’azur, qui vous le demande. Avec ironie ? Un peu. Avec insolence ? Aussi. A 21 ans, cet auteur compositeur interprète originaire de Walhain, a réussi en un an à peine, à séduire les ondes avec une électro-pop accrocheuse à l’esthétique rétro chic super léchée. Un premier album qui sortira début 2023, après un EP stylé, devrait permettre à Pierre de réaliser son rêve : vivre une existence non ordinaire et devenir une superstar par amour d’un public qui lui rend (déjà) bien.
On rencontre Pierre de Maere, 21 ans, aux Terres d’Ici, une ferme concept basée à La Hulpe qui abrite une pépinière et un restaurant écoresponsable où l’équipe de Be Perfect aime venir siroter un excellent vin blanc. En ce 15 août, il fait particulièrement chaud. Pierre de Maere arrive en short, décontracté, les cheveux en bataille. La coupe au bol stricte, à la Mireille Mathieu, qui a fait son succès, il n’en veut plus. Message reçu pour un shooting en mode « out of bed ». D’emblée, on se fait la bise, c’est plus convivial. On se tutoie. Ses grands yeux bleus perçants m’interrogent. Ah non, les questions, c’est moi qui les pose… Faudrait pas que je me laisse impressionner !
21 ans, waow, c’est jeune ! A quel âge, Pierre de Maere s’est-il rendu compte qu’il avait une fibre artistique ? Tôt. Vers 10, 11 ans, je me suis initié à la composition et à la production grâce à l’application GarageBand (un logiciel d’enregistrement sur Mac – nda), je chantais en yaourt, puis dans un anglais assez pitoyable, juste pour le plaisir, pour échapper à l’ennui parfois, mais sans projet d’avenir artistique. Progressivement, j’ai délaissé la musique pour la photographie. Mes photos d’Alex Lawther, l’acteur de la série « The End of the F***ing World » sont publiées dans GQ Magazine. J’imagine ma voie toute tracée : la photo où j’intègre évidemment la mode et la direction artistique… Mais à 18 ans, au début du confinement, je décide d’écrire en français, c’est un véritable déclic : si en anglais, je chantais des sujets bateaux, je ressens soudain, en composant dans ma langue, le besoin de créer un univers, de parler de moi et de sujets personnels. Et je mets à profit mon expérience de photographe. Le facteur chance est au rendez-vous : j’écris et je publie un titre « Potins absurdes » sur Spotify, une plateforme de streaming. Ce single est repéré par Cinq7, un label français (où l’on retrouve Jean-Louis Murat, Bertrand Belin, Dominique A – nda) qui m’appelle aussitôt… Je signe un EP, « Un jour, je » qui sort en janvier 2022 et qui renferme mon premier single « Un jour, je marierai un ange », lequel va me propulser au-devant de la scène. Jusqu’ici, je suis vraiment un artiste verni, mais pas uniquement. Ce succès rapide, je le dois à des heures de travail.
Quelles sont tes références ? Ado, je tendais l’oreille à tout ce qui passait à la radio, puis j’ai apporté du crédit à ce qu’écoutaient mes parents : la chanson française du côté maternel et le rock anglo-saxon du côté de mon père, Bowie, Queen, Supertramp notamment. J’ai une culture hybride qui mixe les années 70, 80 et des artistes actuels, Stromae évidemment, les Français Yelle, The Do, La Femme, et Feu! Chatterton, les Canadiens Hubert Lenoir et Arcade Fire. Du côté des States, Tyler, The Creator et Lady Gaga, ma queen, une mère spirituelle pour moi. Ah, les Rita Mitsouko également, l’ovni des années 80.
Des artistes expressifs, hauts en couleur, qui ont du panache scénique ! Oui. Théâtralité, mise en scène, extravagance, dérision, provocation, insolence, insoumission, c’est tout ce que j’aime et qui imprègne mon travail. Quand je suis au rendez-vous professionnel, comme maintenant avec toi, je suis calme, serein, posé. Sur scène, je me lâche. J’aime le baroque, envoyer des strass et des paillettes. Envoyer du rêve.
Ah, et qui est Pierre de Maere alors ? Posé à la ville, excentrique sur scène, ce contraste me convient parfaitement. Je fais bien la part des choses.
Même quand tu demandes au public de te rendre célèbre ? Ce « make me famous » est en partie ironique. En partie seulement. Car, oui, j’aime cette célébrité soudaine.
Le quart d’heure de gloire de Warhol te suffira-t-il à être heureux ? Rire. Non, mais je ne réclame pas la gloire pas à tout prix. La célébrité, je la vois comme une reconnaissance de mon travail. Si le facteur chance a beaucoup joué dans ce début de carrière, le travail aussi. Devenir auteur/compositeur/producteur est exigent. Alors oui, j’aime la reconnaissance que m’apporte ce travail. Et l’estime qui va avec. Et l’amour du public. Les messages des fans sont terriblement touchants.
Tu te sens célèbre ? Oh non, la célébrité, c’est remplir Bercy !
Quel est ton public ? Il est très hétéroclite, composé de daronnes, quadras et quinquas, qui n’aiment pas la scène rap (rire) et qui sont ravies d’entendre un artiste au look de gendre idéal, chanter en français. Des gays également, qui se reconnaissent à travers moi. Du reste, c’est assez diversifié… Je ne souhaite absolument pas être catalogué chanteur arc-en-ciel. Mon label, heureusement, l’a bien compris, en se concentrant principalement sur la musique.
Comment te perçoit-il ce public ? Certains me trouvent pédant, ce n’est pas du tout le cas ! Ma folie des grandeurs peut irriter, mais je suis surtout un grand rêveur, avec une part de naïveté et beaucoup d’honnêteté dans mes textes. Je me définirais comme un romantique qui vend du rêve et attend d’être aimé en retour.
Ton univers étant très rétro, me vient logiquement cette question : que t’inspires notre époque ? Je ne suis pas du tout passéiste, ni en réaction à. Je suis bien ancré dans cette époque, mais mon choix esthétique, qui englobe la musique, la mode, la photo, le clip, est clairement rétro. Mon époque est plutôt frontale, crue, moi j’aime bien enrober le discours. C’est également une manière de me démarquer. Une chose est sûre : je suis moi-même et si je ne corresponds pas aux standards de l’époque, ce n’est franchement pas grave. D’autant que nous sommes relativement nombreux à aimer le rétro, l’argentique, les vinyles, la mode des seventies…
Musique, mode, scène, tu te sens influenceur ? Non. Je ne dénigre pas ce milieu mais, sincèrement, je ne suis aucun influenceur, aucune instagrammeuse. Ma force, c’est ma musique.
Mais tu aimes te démarquer. Avec, notamment, des R roulés ? En quelque sorte. Mais ce R est le fruit d’un accident, je n’ai pas suivi de cours de chant, ces r roulés ne sont pas un produit marketing, c’est arrivé tout simplement. Et j’ai trouvé ce R roulé très musical.
En chantant en français, tu n’as pas peur de te couper du monde anglo-saxon ? Stromae a déchaîné les foules américaines. Si la musicalité et les arrangements d’un morceau sont forts, il peut franchir la barrière de la langue. Je l’espère !
« Menteur », « J’aime, J’aime », « Regrets », tes textes questionnent bon nombre de tabous tels que le désir, la quête de reconnaissance ou les addictions. Pourtant, tu avoues ne pas aimer écrire… Ces textes qui figurent sur mon premier EP ne reflètent pas vraiment mon vécu, je suis trop jeune pour ça, ils expriment plutôt des fantasmes, ils sont une projection idéalisée de ma vie. Dans « Menteur », je le dis sans retenue, je voudrais être une superstar. Mes envies de réussite, je les ai exprimées. Mais écrire, pour revenir à ta question, c’est l’enfer, en effet. J’ai déjà reçu des textes d’autres auteurs, mais ils ne me ressemblent pas, l’écriture faisant partie intégrante de mon projet. En revanche, j’adore composer, produire. Je suis un addict des sons, j’aime l’aspect technique de la production. Je suis bien meilleur compositeur et producteur, qu’interprète. Certes, j’ai une signature vocale, mais je ne pense pas que je chante bien. Et comme les cours de chants ne me parlent pas… Oui, les arrangements, c’est vraiment ma tasse de thé. Je travaille avec mon frère, 23 ans, qui est ingénieur du son. On partage les mêmes références et il est de plus intégré au projet Pierre de Maere. Sur le prochain album, on a produit à deux la plupart des morceaux.
Pour les lives, tu as choisi l’AB Club à Bruxelles, puis la Cigale à Paris, « la plus belle soirée de ta vie », écris-tu sur Tik Tok. Paris, un sacré défi, non ? Mon label tenait à se focaliser sur Paris et la France, mais j’ai néanmoins tenu à ajouter Bruxelles, même si pour eux c’est de « l’expor ». L’AB Club, en mai dernier, et La Madeleine le 18 novembre prochain, deux dates auxquelles je tenais vraiment pour rencontrer mon public belge.
J’ai l’impression, mais corrige-moi si je m’égare, que tu te sentais un peu à l’étroit à Walhain, dans le Brabant wallon … Rire. J’ai vécu 10 ans à Bruxelles, puis mes parents se sont installés à Walhain. C’est un magnifique petit village pas si reculé que ça. Beaucoup de Bruxellois s’y sont installés, et je ne regrette pas d’y avoir passé mon adolescence. Mais ma vie actuelle, un pied à Paris un pied à Walhain, me convient mieux. C’est l’équilibre parfait. Je fais la fête là-bas, j’aime le bling parisien, et je me ressource ici. Car à Paris, oui, on peut vite devenir fou …
On a déjà écrit que l’année 2022 serait l’année Pierre de Maere, peut-on rajouter 2023 ? Oui, oui. Début 2023, je sors mon premier album, dont on connaît déjà un single, « Roméo ». Je l’ai envoyé en éclaireur, histoire de ne pas me faire oublier.
On sera au rendez-vous !
En concert à La Madeleine à Bruxelles, le 18 novembre.
EP sorti en 2022 : « Un jour, je » Nouveau single : « Roméo » (qui figurera sur l’album).
Premier album : début 2023
Victoire de Changy
Victoire de Changy
Plume subtile
Mots : Barbara Wesoly
Photo : Lou Verschueren
Des mots qui rayonnent d’une sensibilité à fleur de peau. Qui racontent et se racontent avec élégance. Victoire de Changy est de celles et ceux que l’on ressent plus qu’on ne les lit. Et dont on tourne les pages, avec la certitude d’étreindre un récit précieux. Un enivrement confirmé par son sixième livre « Subvenir aux miracles », paru en mai 2022.
Le récit d’une passion tumultueuse sous le ciel de Bruxelles. Les paysages de l’Iran en toile de fond d’une rencontre de l’autre et de soi-même. Deux fables poétiques signées en duo avec l’illustratrice Marine Schneider, comme des caresses dont abreuver ses enfants. Un recueil intime témoignant de la découverte de la maternité, à la naissance de son fils Nour. Et enfin une réflexion autant qu’un dialogue sur notre rapport aux vêtements, en tant qu’enveloppe de notre identité. Victoire de Changy nous emmène sur les routes, au gré des voyages de l’âme qui composent ses écrits. Pas de format ou de thématique invariable, ni de genre qui cadenasse, pour les six ouvrages de l’écrivaine belge. Mais une délicatesse qui nous effleure, pour ne plus nous lâcher jusqu’au dernier des mots. Et la poésie pour essence, celle qui vibre au cœur et à l’oreille. « C’est une façon dont j’agence mes phrases pour que les sons se répondent entre eux. C’est toujours une question de rythme et de musique, que j’écrive pour les adultes ou pour les enfants, tout est dans la rime et dans l’espacement, même si c’est parfois imperceptible au regard du lecteur. C’est la poésie qui lie tout ce que j’écris. Tout comme ma façon d’écrire est avant tout sensorielle, je pense. Il s’agit presque toujours de transcrire une texture, une matière, un parfum, quelque chose de toujours très ténu.»
Derrière l’étoffe, la trame de nos existences
En tissant la trame de nos rapports aux vêtements « Subvenir aux miracles » aborde tout à la fois l’habit en tant qu’extension de l’être et du paraître, ou plutôt faudrait-il dire du par-être. En tant que transmission aussi, fil fragile qui nous relie aux autres, à leur regard comme à notre histoire partagée. Édité dans une collection des éditions Cambourakis en partenariat avec le Musée des Confluences de Lyon, il a pour point de départ une robe de mariée conçue en fibres optiques lumineuses, par le styliste Mongi Guibane, tout spécialement pour le musée. Et de là, l’occasion pour Victoire de Changy de se questionner sur la robe de mariée en tant qu’objet mais aussi en tant que présence et symbolique, comme elle l’explique « j’ai interrogé l’historique, évidemment, mais aussi mon propre rapport à cet objet, ainsi que les choix de celles de ma famille qui me précédèrent. Très naturellement, la réflexion a bifurqué vers celle du vêtement au sens large. J’ai interrogé tous ceux qui m’entouraient et me croisaient sur leurs rapports à leurs vêtements, et j’ai découvert un monde que je devinais déjà sensible, complexe, bien plus étendu qu’un simple objet d’apparence et de subsistance ». Un monde dont l’écrivaine détricote les archétypes et les carcans, jusqu’à en revenir à la matière brute, l’étoffe des émois et des sens. Et à l’intime, qui toujours chez Victoire de Changy, s’échappe joliment des mots. Ainsi définit-elle son rapport aux vêtements comme « une consolation. Et l’occasion, tous les jours, d’une fête. » Des mots qui font échos à ceux de son ouvrage : « Qu’un miracle survienne à travers lui, et qu’il subvienne à nos miracles. Voilà bien ce qu’on attend, ce que j’attends, moi, d’un vêtement. ». Écho aussi à son attirance pour le cirque, dans son imaginaire et sa représentation visuelle, attirance qu’elle partage également par des photos et de petits textes distillés sur ses réseaux « Le cirque, l’acrobatie, la magie et les tenues reliées à cet univers m’attirent particulièrement, rapport à cette idée de fête, justement, mais aussi parce qu’ils étirent les possibilités de mon corps qui, à cause d’une maladie neuromusculaire, a des capacités limitées ».
Et au-delà de l’histoire, le lien
Tout comme les récits de Victoire de Changy se refusent à se plier à une forme arrêtée, ils débordent aussi des pages, pour s’écrire partout, en tout, les mots, semblant cultivés, chéris jusque dans la moindre parole. Transformant en évidence son affirmation d’avoir toujours voulu écrire : « J’ai écrit des histoires dès que j’ai eu la capacité d’aligner des mots puis des phrases. Avant d’y parvenir, je chantais toute la journée. Je l’évoque si souvent que j’ai parfois peur que ça puisse ressembler à une posture : oui, j’ai toujours voulu écrire des livres, tant et si bien que lorsqu’il m’arrive aujourd’hui de croiser quelqu’un plus vu depuis l’enfance, on me demande souvent si je suis devenue cette écrivain que je souhaitais déjà être enfant ». Et de fait, au-delà des vêtements, véritables caisses de résonnances de nos existences et de leur capacité, tout à la fois à habiller, masquer, protéger ou mettre à nu notre être, au-delà des perles qu’elle enfile pour composer ses histoires, fictionnelles ou réelles, comme d’autres le feraient de bijoux, Victoire de Changy tisse un lien avec ses lecteurs, tout à la fois doux, subtil et profond, qu’on continue de porter sur soi, longtemps après en avoir refermé les pages.
« Subvenir aux miracles », de Victoire de Changy, aux Editions Cambourakis.
Laurent Stine - Profil d’un réalisateur
Laurent Stine
Profil d’un réalisateur
Mots : Emilie Van de Poel
Photo : DR
Laurent Stine est un amoureux de l’image qui a fait de sa passion son métier. Réalisateur spécialisé dans les films de communication d’entreprise et publicitaires, ce génie du visuel aux airs de Beigbeder n’a qu’une seule volonté : parvenir à raconter une histoire et faire naître une émotion. Rencontre pour parler film et poésie. Car pour lui et son agence DoubleDouble, l’un ne va pas sans l’autre.
DoubleDouble
Après avoir étudié le journalisme à l’IHECS et travaillé en TV et radio, Laurent Stine se lance comme réalisateur indépendant afin de réunir deux domaines qui l’animent depuis toujours : l’image et le contenu. En 2009, cet originaire de la région de Saint-Hubert décide d’aller encore plus loin et crée DoubleDouble : une société de production audiovisuelle spécialisée dans les films de communication d’entreprise et publicitaires ainsi que dans le motion design. Plusieurs fois récompensée au Corporate Medias and TV Awards de Cannes et au Deauville Green Awards, l’agence DoubleDouble a produit pour de grandes entreprises (dont FedEx, John Cockerill, Beckaert, Facq ou encore SWIFT) ainsi que pour des institutions belges et internationales comme Amnesty International et MSF.
Un autre regard
Chez DoubleDouble, on ne fait pas dans la communication d’entreprise austère et ennuyeuse. Car Laurent Stine, ce qu’il aime, c’est raconter et ce qu’il veut avant tout, c’est faire de la poésie. «Pendant tout un temps, la vidéo corporate consistait à faire des interviews de gens dans des bureaux. Ça finissait sur un DVD qu’on montrait dans une salle de réunion. Mais aujourd’hui, les choses évoluent, surtout depuis l’avènement du digital. C’est une véritable porte ouverte à la diffusion plus massive de contenus qui permet à tout un chacun d’y avoir accès si l’entreprise le désire.»
Métaphore et onirisme
Ce qui fait la particularité de cette agence bruxelloise, c’est sans conteste ce que Laurent Stine nomme le storytelling. Dans ce domaine, le réalisateur se révèle être un magicien capable de transformer n’importe quelle problématique aussi complexe et peu sexy soit-elle en une histoire qui prend le spectateur par la main. Son secret ? Avoir recours à la poésie. «J’utilise un langage visuel qui fait intervenir le métaphorique et l’onirique. Je cherche à raconter quelque chose en montrant autre chose. Un bon film doit être poétique et inspirant, mais aussi donner une impression positive. Il faut qu’on ait envie de le partager et de le revoir.»
L’amour du métier
Ce qui l’anime au plus profond et le fait vibrer au quotidien, c’est sa passion de l’image. Quand il explique ce qu’il aime dans la réalisation, ses yeux s’illuminent. «Ce métier est incroyable, il me permet de passer d’un sujet à l’autre. La nuit dernière, j’étais dans un tunnel en train de filmer une jeune femme en robe de soirée et là, je prépare un film pour une fondation hospitalière. Avant cela, j’étais en Suisse et en Angleterre dans des stades de foot.» Ce métier, ce sont des découvertes et des rencontres. Celui qui se dit «curieux des gens et des choses» confie s’amuser en faisant son métier.
Ère digitale et concurrence
Laurent Stine l’affirme, sur le marché de la communica-tion d’entreprise et de marque, la concurrence est rude. «La Belgique est un pays avec plusieurs communautés, ce qui réduit la taille du marché et multiplie les coûts (il faut parfois tout décliner en deux ou trois langues)». Selon lui, la communication audiovisuelle est «à un tournant». Alors qu’auparavant, seules certaines entre-prises pouvaient se permettre de réaliser du contenu audiovisuel, désormais avec l’avènement du digital, n’importe qui peut prétendre à la réalisation d’un film.
«En plus de la diffusion, le matériel s’est démocratisé. Aujourd’hui, avec un smartphone, on peut produire des images de bonne qualité. Beaucoup d’entreprises pensent être capables de développer leur propre production visuelle et se demandent pourquoi payer alors qu’elles pourraient le faire elles-mêmes. Sauf qu’elles n’ont pas le savoir-faire. Mon rôle est d’arriver à les convaincre d’aller dans une direction plutôt qu’une autre et de les tirer vers le haut.»
Think like you are and act like you think
«Dans ce milieu, on doit constamment prouver ce qu’on sait faire. Quand on est contacté par un potentiel client, deux fois sur trois, il s’agit d’un pitch qui n’est jamais rémunéré.» Pour y répondre, le réalisateur investit énormément de temps et d’énergie. Ainsi, en plus des différents films qu’il réalise pour ses clients, Laurent Stine a récemment développé un projet personnel, un court métrage de 1 minute 30 dont l’histoire tient en une seule ligne : “Think like you are and act like you think”. «C’est un peu le slogan de l’agence “pensez comme vous êtes et agissez comme vous pensez.” Ce film est en quelque sorte une carte de visite pour DoubleDouble, mais aussi pour moi en tant que réalisateur.»
De la suite dans les idées
Quand on lui demande comment il envisage l’avenir, Laurent Stine confie qu’il souhaite continuer à montrer qu’il est possible de communiquer différemment, de manière visuelle en créant des histoires. Désireux d’aller toujours plus loin dans la réflexion, celui qui semble ne jamais être en panne d’idées le certifie : «Je continuerai à faire des images, peu importe où.»
«Le nom DoubleDouble ? Un clin d’œil cinématographique et culinaire qui fait référence au «double-double», un terme utilisé par les Canadiens pour désigner un café avec double crème et double sucre. Dans «Pulp Fiction», un des personnages du film le commande souvent.»
Mélanie Isaac - La retenue comme atout de séduction
Mélanie Isaac
La retenue comme atout de séduction
Mots : Servance Calmant
Photo : Maël G. Lagadec
Originaire de l’Ardenne belge, Mélanie Isaac invite à découvrir « Surface », un premier album 9 titres qui voyage entre la chanson à texte et la pop racée. Et si l’on pense à Françoise Hardy en se laissant charmer par l’élégance de cette voix parlée, intime, retenue, ou à Dominique A à travers les mots ciselés couchés sur de la musique, le plaisir de découvrir l’univers délicat et résolument envoûtant de Mélanie Isaac reste intact.
Il y a 10 ans, vous remportez La Biennale de la chanson française, en 2019, le concours FrancOff aux Francofolies de Spa puis, en mars dernier, vous êtes sacrée Coup de Coeur des Médias Francophones Publics. A ce titre, votre chanson «Paradis Nord» a été diffusée par La Première (RTBF), Radio France, Radio-Canada, la Radio Télévision Suisse, etc. Percer en Belgique, est-ce un véritable parcours du combattant ? Oui, évidemment, mais je ne souhaite pas être celle dont le parcours artistique se résume à cette phrase un peu fataliste ! Rire. J’ai mis, il est vrai, un peu de temps à trouver ma véritable voie artistique, à savoir vraiment où je souhaitais aller, à faire de belles rencontres enfin fructueuses. Composer un album coûte beaucoup d’argent, ce n’est vraiment pas un métier évident !
Passer à la radio, c’est un sacré tremplin… Qui m’a agréablement surprise, car je m’attendais à sortir cet album en cachette. Je ne cherche pas la reconnaissance à tout prix, mais plutôt à offrir au public un répertoire de qualité. C’est l’oeuvre qui compte. Mais cette reconnaissance fait plaisir. »
Devenir chanteuse, une évidence ? Oui. C’était ma mission ! (Rire) C’est un peu mystérieux comme ressenti. Dès que j’ai pu m’exprimer, j’ai su que c’était là ma voie. Or, je ne viens pas d’une famille d’artistes…
Vous avez quitté Neufchâteau pour Bruxelles, il y a quelques années. Votre chanson « La Révélation » parle d’une « ville morte, sans histoire sans révolution. Une ville à réinventer », est-ce là le portrait de Bruxelles ? J’ai écrit cette chanson en pensant plutôt à ma ville natale, ville de province un peu éteinte. Mais je l’ai écrite pendant le confinement ; in fine, elle parle de toutes ces grandes villes qui ont souffert de la crise …
Pour faire carrière si j’ose dire, faut-il monter en ville ? Pas forcément. Regardez Jean-Louis Murat, toujours fidèle à son Auvergne natale !
Votre album est le fruit d’une collaboration avec le parolier Antoine Graugnard. Qu’y a-t-il de Mélanie Isaac dans ces 9 titres ? Tout. Il y a trois chansons en collab, le reste c’est moi ! Quand j’écris, je suis en quête d’authenticité, de justesse, en résonance avec ce que je suis réellement.
A l’écoute du single « Surface » où vous parlez de “saigner en silence ou de s’prendre des cailloux”, je vous devine pessimiste… Rire. Non non, la vie n’est pas facile, qui pourrait dire le contraire ?, mais l’homme reste debout. Cette chanson est un appel à la résistance et au courage. Je suis une volontaire !
Parlons musique. Ça vous ennuie si je vous compare à Françoise Hardy ou Dominique A ? Au contraire, vous me flattez ! J’ai en commun, je crois, avec Françoise Hardy, une même retenue dans ma façon de chanter, sans grandiloquence aucune. Ne pas en faire de trop, c’est important pour moi. Pourtant, j’ai fait beaucoup de chant lyrique et je pourrais envoyer, mais je préfère être tout près de l’oreille de l’auditeur. Une voix parlée qui raconte quelque chose, une approche intime, elle est là ma quête. Quant à mes influences, elles sont multiples : ado, j’ai été bercée par PJ Harvey et Radiohead. Je n’ai aucun snobisme en musique : j’adore imprimer des tablatures et jouer aussi bien les Beatles et de la pop énervée que du William Sheller et du Michel Berger ! Je suis curieuse de toutes les musiques.
Sur scène à Spa le 23 juillet prochain, à quoi le public doit-il s’attendre ? Je serai seule avec ma guitare et mon piano, pour une prestation relativement dépouillée, intimiste de « Surface », agrémentée de chansons qui ne se trouvent pas sur cet album.
Vous avez beaucoup de chansons dans vos tiroirs ? Oh oui ! De quoi remplir la moitié de mon prochain album. Reste à trouver les moyens financiers pour le produire !
« Je souhaite offrir aux visiteurs des lieux uniques de rencontre avec l’art » Hubert Bonnet
« Je souhaite offrir aux visiteurs des lieux uniques de rencontre avec l’art » Hubert Bonnet
Mots : Servane Calmant
Photos : DR
Homme d’affaires, collectionneur d’art et mécène, notre compatriote Hubert Bonnet a ouvert deux centres d’art, reflets de sa passion pour l’art minimal et conceptuel international. On connait la Fondation CAB à Bruxelles.
A laquelle répond désormais une seconde entité satellite, le CAB de Saint-Paul-de-Vence ouvert en juin 2021.

Vous êtes souvent sur la route, entre Verbier en Suisse où vous résidez, Bruxelles où vous avez fondé un centre d’art, le CAB, Saint-Paul-de-Vence où vous avez ouvert un deuxième CAB, sans taire les nombreuses foires que vous parcourez en tant que collectionneur, vous sentez-vous citoyen du monde ou belge ? Bruxellois, ma Fondation située près des étangs d’Ixelles est un pôle important dans le circuit d’art de la ville. Et Suisse également. J’y habite depuis 20 ans pour une raison toute simple : je suis un passionné de montagne !
Quel rapport entretenez-vous avec l’art ? Le goût du beau et l’amour du travail des artistes.
Quelle a été le moment le plus fort en émotion de toute votre vie de collectionneur d’art ? Quand j’ai acheté mon premier Alexandre Calder en vente publique, il y a une vingtaine d’années. Et lorsque j’ai présenté à la Fondation CAB à Bruxelles une exposition monographique de Richard Long.
Hubert Bonnet aime l’art, mais surtout l’art minimal et conceptuel. Quel a été le déclic qui vous a fait aimer ce courant ? J’aime la radicalité de ce courant. Mais mon intérêt pour la géométrie, les mathématiques et l’architecture des années 30 et 50, n’est pas étranger à cette passion ! La Fondation CAB à Bruxelles est d’ailleurs établie dans un ancien entrepôt de style Art déco, construit pour l’industrie minière, et restauré par Olivier Dwek. Je souhaitais un lieu qui soit en résonance avec les artistes que nous accueillons, car le CAB se veut avant tout une plateforme d’échange et de rencontre autour de l’art minimal et conceptuel belge et international.
Parlez-moi de l’ouverture récente du CAB à Saint-Paul-de-Vence, dans le sud de la France … Elle est née de la volonté de développer des conversations avec la collection familiale de la Fondation CAB à Bruxelles. Le CAB de Saint-Paul-de-Vence occupe un superbe bâtiment des années 50 rénové par Charles Zana, qui dispose de plusieurs espaces d’exposition. C’est idéal pour présenter la collection permanente de la Fondation (une vingtaine d’œuvres au total issues de la collection d’Hubert Bonnet – nda) et des expositions thématiques plus saisonnières.
Saint-Paul-de-Vence est déjà connue pour la Fondation Marguerite et Aimé Maeght qui abrite l’une des plus importantes collections d’art moderne au monde… Oui, c’est le lieu idéal pour mettre en valeur ma collection privée, partager avec un public aussi large que possible cette passion pour l’art minimal, et avoir une excellente réputation en contribuant également au rayonnement culturel du village.
Vous arpentez toujours autant de foires d’art ? Beaucoup moins qu’avant ! Je me concentre avant tout sur le programme des deux Fondations, pour offrir aux visiteurs un lieu unique de rencontre avec l’art. Je rencontre évidemment beaucoup d’artistes, et de jeunes artistes aussi. Et je travaille également à faire évoluer le CAB comme projet de mécénat.
Quelle est votre journée-type ? De 6h à 7h30 du matin, je fais du sport et je lis la presse ; ensuite, je conduis mes enfants à l’école. Puis, je vais au bureau.