Pascale Seys, philosophe et conteuse
Pascale Seys
Philosophe et conteuse
MOTS : BARBARA WESOLY
PHOTO : JY LIMET
Tisser des ponts subtils entre Histoire et présent comme entre références et questionnements. Si le dernier ouvrage de Pascale Seys, philosophe et professeure, évoque l’importance du lien fondateur qui unit la mythologie à nos existences, son œuvre tout entière rayonne d’un équilibre délicat entre humanisme et poésie.
Dans votre nouveau livre, Le Complexe du Sphynx, en écho de vos chroniques les Mythes de l’Actu, présentées jusque fin 2022 sur Musiq3, vous abordez la genèse d’expressions usuelles et de personnages mythologiques qui résonnent toujours dans notre vocabulaire. À quel point, selon vous, les mythes imprègnent-ils encore nos existences modernes et ce monde centré sur la rationalité ? À une époque où il est bon d’être hyper performant et de s’autodéterminer, nous avons tendance à oublier que nous n’avons choisi ni cet univers ni même la langue que nous parlons. L’intérêt du mythe, par rapport à la rationalité, c’est son appel à l’imaginaire. Un imaginaire qui nous permet non plus subir ce monde, mais de développer une capacité d’invention. Les comportements n’y sont pas rationnels mais soumis au destin. Le héros traverse des épreuves initiatiques et gagne en connaissance de lui-même. Les Grecs étaient convaincus que la seule façon d’acquérir l’immortalité réservée aux dieux est de marquer l’histoire par actes valeureux. C’est encore ce qui alimente nos récits contemporains comme le Seigneur des Anneaux ou Harry Potter. La part de nous qui aspire à accomplir de grandes choses se nourrit de fictionnel, l’amenant ainsi à une part de véracité.
Sont-ils également une manière de relativiser le contexte actuel de nos vies, de le replacer dans une Histoire au sens large ? Et d’y puiser des clés pour nos lendemains et les défis auxquels l’humanité fait face, notamment écologiques ? Certainement. Nous vivons une ère fatiguée d’utiliser la première personne du singulier en permanence. Les mythes eux, parlent de ce qui fait un monde commun, relie les êtres. Leur analogie aujourd’hui, c’est peut-être l’écologie. Régénérer notre rapport au vivant. La nature est une force supérieure possédant ses propres lois. L’enjeu c’est le faire-monde. Ce qui fait monde. Et pour cela, il faut un récit commun. La mythologie, c’est toujours la tentation du désordre et de l’effondrement et la volonté du rétablissement d’un ordre cosmique. Trouver la sagesse, le point d’équilibre entre les extrêmes. Les Grecs condamnaient le principe de démesure, qu’ils appelaient « ubris ». Se prendre pour un dieu, de ne pas connaitre la limite et en être puni. Mais avec en parallèle cette racine commune entre le mot humain et humilité qu’est le terme « humus », qui signifie trouver sa juste place.
Vous avez écrit La poésie comme mode d’emploi du monde, questionnant sur la possibilité pour celle-ci de faire de nous des êtres meilleurs. Partage-t-elle ce dessein avec la mythologie ? Tout à fait. La mythologie est une vision poétique de l’existence, nous obligeant à nous questionner. Or rester dans un lieu de tous les possibles, c’est rendre droit à quelque chose que la rationalité a tué, à savoir la confrontation à nombre d’énigmes. Et tant mieux ! Je trouve ça plutôt enthousiasmant. Peut-être que la beauté c’est ça. Savoir qu’il y a un horizon ouvert, non établi, non maitrisé.
Vous êtes docteur en philosophie et enseignez celle-ci. Cette notion de transmission est-elle essentielle pour vous, également par le biais de vos livres ? C’est peut-être simplement cela vivre. Exister, transmettre, se reproduire. On a des enfants, on écrit des livres, on se parle. Toute prise de parole est une transmission. Et nous sommes les uns pour les autres, des courroies de transmission permanentes. Le philosophe espère que la transmission infuse toujours d’une part de vérité. Pas la vérité absolue, mais en s’accompagnant de la possibilité de douter, de faillir, d’hésiter.
Vous avez récemment été nommée Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française. Est-ce un aboutissement ? Plutôt une responsabilité. L’impression, d’une certaine façon de devoir en répondre. Or, un philosophe comme un artiste fait une proposition. Avec l’idée de ramener les choses à leur source et à ces questions qui restent en suspens. Et ce qui est propice à la question c’est d’accepter de se laisser surprendre et féconder par tout ce qui nous entoure.
Kid Noize
KID NOIZE
« Ce sentiment d’accomplissement me rend heureux »
Mots : Servane Calmant
Photos : Guillaume Kayacan, Eric Jaminet, Gaetan Caputo
Avec la sortie synchrone de « Nowera », 3e album d’électro-pop, et « L’héritage de Nowera », 3e tome de la BD dont il est co-auteur et protagoniste, Kid Noize boucle un projet artistique ambitieux et atypique. Confidences d’un artiste pluridisciplinaire à la fois musicien, DJ, producteur et personnage d’un monde parallèle.
Quel est le projet artistique derrière l’homme ? Je suis graphiste de formation et musicien par passion. Le projet « Nowera » m’a permis d’allier les deux. J’ai créé un véritable univers, musical évidemment mais aussi graphique et visuel. Un véritable concept… Oui, j’ai toujours été en admiration devant Kraftwerk, Daft Punk ou Gorillaz, l’ambitieux projet de Damon Albarn, génie créatif.
C’est où Nowera ? C’est nulle part et maintenant, dans un monde parallèle. A travers la musique et la BD, j’invite mon public à rejoindre ce monde de rêve qui devient un rêve réel. Le rêve nous transporte loin…
Décodez-moi ce « rêve réel »… Il fait référence à ce travail que nous accomplissons tout au long de notre vie pour accomplir nos rêves d’enfant.
Quelle symbolique se cache derrière la tête de singe ? Ce n’est pas un singe mais un homme-singe qui pose la question de nos racines. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Plus cette question ultime : que faisons-nous sur Terre ? « Nowera » apporte une réponse : nous sommes ici pour réaliser nos rêves …
Vous êtes né dans les années 80 ; avez-vous l’impression en 2023 d’avoir exaucé vos rêves de môme ? (Il réfléchit longuement). Oui. Avec l’âge, je ressens une forme d’apaisement. Ca fait dix ans que je bosse jour et nuit sur le projet « Nowera », j’ai réussi à sortir trois albums/CD et trois BD. Ce sentiment d’accomplissement me rend heureux.
Êtes-vous un doux rêveur ou un super business man ? (Rire). Un super rêveur. Mais j’adore faire du business, car la notion d’échange en est le moteur. L’échange pour élever le produit, les idées, la conscience.
Si vous refermez la trilogie, doit-on comprendre que Kid Noize va nous concocter un autre univers ? Je préfère dire que la trilogie est complète plutôt que bouclée. Il m’a fallu deux ans pour venir à bout de chaque album, un nouveau projet BD s’inscrira donc, disons, dans le futur…
Dans le 1e tome de la BD, Kid Noize se déplace dans la Vieille Ville. C’est Charleroi, lieu avec lequel vous, le Bruxellois d’origine, vous entretenez un lien affectif particulier… J’ai toujours eu de l’affection pour les outsiders ! J’ai vu Charleroi comme un nouveau Berlin, mais il faudra encore longtemps pour que ce soit le cas … Reste que la ville s’est complètement approprié Kid Noize et que le lien qui m’unit à Dupuis, mon éditeur BD, a renforcé cette envie de faire un clin d’œil à Charleroi dans le tome I.
En 2019, vous débarquez dans l’univers de la BD jeunesse où vous cosignez le scénario avec le Carolorégien Lapuss, dessin et couleurs d’Octoto. Comment s’est déroulée votre intronisation dans cet univers ? Un travail de longue haleine. Je pensais naïvement que la musique et la BD formaient un même monde, celui de la création. Non, c’est un monde à part. Ma rencontre avec Dupuis a précipité l’aventure. Le projet BD fait complètement écho à mon projet musical, à l’instar des clips et des concerts où Kid Noize prend vie sur scène. Tous ces ingrédients donnent corps au projet.
Parlons musique, trois albums en dix ans. De la pop dansante taillée pour les radios et de l’electro dance destination des festivals et des clubs, avec des voix féminines en sus. La signature Kid Noize ? Mon premier album était riche en voix de femmes. Je les avais délaissées pour le 2e album, histoire de ne pas me répéter. « Nowera » signe leur grand retour avec des singles 100% voix féminines en effet…
Comment est-ce chez vous, dans votre maison ? Est-ce peuplé de super héros ? Je vais vous envoyer une vidéo ! Dans mon bureau, je suis entouré de tous mes jouets qui font en effet partie intégrante de mon univers.
Un univers rétro eighties … Oui, mais je ne suis pas du tout passéiste ni nostalgique. Je me rends juste compte que l’on vit dans les rêves des années 80. Ce monde hyper connecté, ce règne de la technologie, nos montres qui nous parlent, notre quotidien en 2023 était le sujet des films d’anticipation d’alors…
Vous nous avez préparé un nouveau show. A quoi doit-on s’attendre ? À beaucoup d’énergie et, en salle, à un max de vidéos, ainsi qu’à la projection en 3D de douze images issues de l’univers de la BD « Nowera ». Je compte bien faire voyager mon public dans ce monde parallèle.
Où peut-on vous voir ce printemps et cet été ? Dès le 7 avril au Reflektor, puis à l’Inc’rock, au Feel Good Festival, au Ronquières Festival, à Scène sur Sambre, etc. Et en octobre, à la salle de La Madeleine à Bruxelles.
CD « Nowera », Universal Music Group.
BD, « L’héritage de Nowera », 3 tomes, Editions Dupuis.
www.kidnoize.com
L'élégante plume d'Odile d'Oultremont
L'élégante plume d'Odile d'Oultremont
MOTS : ARIANE DUFOURNY
PHOTO : CHARLOTTE KREBS
Tuer accidentellement une personne sans pour autant être jugé coupable. Odile d’Oultremont interpelle le lecteur dans « Une légère victoire », roman d’un style exquis sur la rédemption et l’accomplissement de soi. Rencontre avec une autrice magnifique, dans tous les sens du terme.
Comment est née l’idée d’« Une légère victoire » ? J’avais envie de raconter l’histoire d’une personne qui tue une autre accidentellement sans qu’aucune « punition » pénale ne soit retenue à son encontre. En apprenant que c’était arrivé à mon père lorsqu’il était très jeune, la thématique m’a semblé intéressante. D’autre part, mon premier roman « Les Déraisons » a été sélectionné pour une rencontre en milieu pénitentiaire. Cette séance de lecture et l’atelier d’écriture avec des prisonniers de longues peines m’ont profondément bouleversée, au point de vouloir écrire sur l’univers carcéral.
« C’est ahurissant à quel point une phrase, une seule, constituée des mêmes mots, en tous points pareils, a suffi à rendre à Nour son monde entier et à faire éclore en Ponthus les prémices d’une vérité dont aucun parent ne voudrait. » … La culpabilité de cette femme est libérée par les mots du père de la « victime », alors que les mêmes mots répétés par sa famille et ses amis n’ont pu l’extraire de sa souffrance, un espace où elle est prisonnière. Un parallèle avec cet homme, prisonnier dans sa culpabilité d’avoir tué plusieurs personnes. Sa prison, par extension, est proprement physique.
En somme, une histoire de rédemption et d’accomplissement de soi ? On est libéré par les autres, dans une certaine mesure et à un certain point, de la culpabilité qu’on s’impose à soi-même. La réparation se fait de soi à soi.
A sa façon, ce nouveau roman explore- t-il l’histoire de plusieurs renaissances comme vous l’aviez abordé différemment dans vos précédents romans ? Oui, avec le recul, la renaissance et l’accomplissement de soi, sont des thèmes qui m’inspirent.
Lors de la sortie de votre précédent roman « Baïkonour », vous avez déclaré « Je suis fascinée par les individus ordinaires ». Est-ce votre moteur pour écrire ? Je suis très inspirée par la normalité qui par essence se démultiplie. J’aime fouiller chez mes personnages autre chose que ce qu’on attend d’eux.
Il y a pléthore d’écrivains mais peu avec une telle plume. Quel est votre secret ? La musique de l’écriture, expression assez rébarbative, m’est très importante. (Rire). Ça m’intéresse, m’amuse et ça me prend en moi. (Émotion). J’essaye d’y mettre de l’âme.
Pas de recette magique. Même pas une petite confidence ? Quand je regarde mon parcours, ce que j’écrivais il y a 20 ans et que je vois ce que j’écris aujourd’hui, il y a un lien avec la réinvention de soi-même. J’arrive toujours au même constat que j’essaye de transmettre à mes enfants : ce qui apparait avant de le vivre comme quelque chose d’infranchissable ou qui peut nous affaiblir, nous blesser terriblement ou nous détruire en partie, ne se passe pas comme un phantasme négatif de ce qu’on va vivre. Après coup, j’en ai retiré une force incroyable. De même, pour l’écriture où je me suis autorisée une liberté que je n’aurais pas osée auparavant.
Vous appartenez à une grande famille de la noblesse belge qui existait avant la naissance de la Belgique. Qu’est-ce qu’on vous y a appris ? La tolérance, l’ouverture d’esprit. J’ai une grande chance d’être née dans une famille où la curiosité intellectuelle était de mise.
Et l’écriture ? C’est le fil rouge de ma vie dès mon enfance. J’inondais mes parents et grands-parents de poésie rédigée sur des petits papiers.
Votre nom a souvent été associé à celui de Stéphane De Groodt, qu’on adore. Avec une telle plume, peut-on s’attendre à lire prochainement : « Qui est l’ex-mari d’Odile d’Oultremont ? ». Ça m’amuse car ce n’est pas la première fois qu’on me pose la question depuis la sortie de mon troisième roman. J’aime beaucoup Stéphane, je n’ai aucune revanche à prendre. Par contre, j’en ai une en tant que scénariste où je n’ai pas été prise au sérieux parce que je suis blonde aux yeux bleus. Je suis contente d’avoir été tenace !
Vous dédicacez votre roman « A mes filles et leurs courages ». Ça a piqué notre curiosité, pouvez-vous nous en dire davantage ? En tant que femme et maman, je me rends compte que nous sommes encore dans des schémas complètement inconscients, même si ces dernières années, ça va mieux, à bien des égards. Il faut beaucoup de cran pour être une femme « libre » aujourd’hui. Mes filles ont du courage, bien plus que si elles étaient des garçons.
Peut-on espérer une adaptation cinématographique de vos romans ? Je viens de terminer le scénario de « Baïkonour » qui sera produit par Versus Production. Jacques-Henri Bronckart est notamment le producteur de « Nobody has to know » de Bouli Lanners et co-producteur de « La Nuit du 12 » et de « Close » de Lukas Dhont.
Jean-Dominique Burton, 50 ans sur le terrain
Jean-Dominique BURTON
50 ans sur le terrain
Mots : Servane Calmant
Photos : JEAN-DOMINIQUE BURTON
S’il est devenu photographe, c’est parce qu’il voyage le cœur ouvert. S’il aime les portraits, c’est parce qu’il provoque la rencontre. Quant à sa plus belle photo, c’est celle qu’il n’a jamais osé prendre, de peur de briser l’instant présent. Grand nom de la photographie belge, Jean-Dominique Burton est un doux rebelle, intarissable sur les anecdotes de sa vie de globe-trotter. Il se raconte en images à travers « Visions », beau livre qui condense 50 ans de terrain et une expo à l’Hospice Pachéco.
On rencontre Jean-Dominique Burton dans son loft, sous les toits des anciennes papeteries de Genval. Son chez-lui, on l’a imaginé comme une invitation à voyager. Bien vu. Des étagères garnies de statuettes africaines et asiatiques, des drapeaux de prières tibétains pour apaiser l’atmosphère et, aux cimaises, des photos en grand format. Ainsi celle de ce roi du Burkina Faso qui nous fixera durant toute l’interview. Autour de la table, nous serons trois : Jean-Dominique a invité son chat, un somptueux Maine Coon. « La nuit, il s’aventure jusqu’au lac de Genval. On me l’a volé. Je l’ai récupéré. Je pourrais lui interdire de sortir la nuit. De quel droit. Il est libre. » A l’image de son maître ?
Vous souvenez-vous du jour où tout a commencé… Oh oui, j’avais 13 ans, j’étais dans un Centre PMS (psycho-médico-social) et la psychologue me demandait : que voulez-vous faire plus tard ? J’ai répondu : parcourir le monde pour apprendre des autres. Elle a rétorqué: tu rêves d’être Tintin, mais il n’existe pas ; reporter, ce n’est pas un métier.
Le voyage vous a conduit à la photographie, pas l’inverse… En effet. Mon grand-père et mon père étaient photographes amateurs, mais comme ils représentaient l’autorité, j’ai refusé qu’ils m’initient à leur passion. Je voyageais beaucoup, mais toutes mes impressions et mes rencontres de l’époque, je les couchais sur un carnet de voyage. Plus tard, j’ai entamé des études d’imprimerie et de graphisme, la sérigraphie m’a donné envie de m’intéresser à la photo. Mais sans les voyages, je ne serais probablement pas devenu photographe.
L’appareil photo, un sésame qui vous a pourtant ouvert beaucoup de portes… Il m’a surtout permis, dans un premier temps, de gagner ma vie ! J’ai été photographe des Halles de Schaerbeek pendant 10 ans, animateur d’ateliers de photo au sein du Groupe Instant avec lequel j’ai créé un café- galerie, « Trompe l’œil », pour montrer les photographes qui nous intéressaient et non ceux qui payaient pour y être exposés. J’avais un esprit très libre, très indépendant. Que j’ai conservé. (rire). Petit à petit, j’ai ramené des photos de mes voyages, et monté mes premières expositions…
Esprit libre, doux rebelle, vous être notre John Lennon ! (rire). Lennon, c’est mon Dieu !
Photographe en agence de presse, y avez-vous pensé ? Non. Ni travailler pour un magazine. Je me vois mal me couler dans un moule. Au contraire, je me suis offert du temps. C’est fondamental à l’exercice de ma passion. Quand je décide de rester trois mois dans un pays, pour m’immerger complètement dans sa culture, je m’offre ces trois mois, je mange local, je dors local, je rencontre local. C’est mon luxe.
Comment vous y prenez-vous pour aller chercher l’autre ? C’est un long apprentissage. Il faut éviter que se pose d’emblée la question de l’argent, car je ne paie pas la personne que je prends en photo. Mais par ricochet, l’exposition que je vais monter va profiter à tel village ou à telle collectivité. Alors, j’ai mis au point un petit rituel : je pose mon sac photo par terre, je dépose mon boitier sur ce sac, bien en vue, et je fais connaissance. Arrive un moment où les personnages qui font autorité dans le village se demandent pourquoi je ne fais pas de photos. La demande est alors inversée. Et tout rapport d’argent a disparu. Mitrailler vite fait bien fait des sujets, ce n’est pas mon truc. Je refuse d’être vu comme un « violeur ». Avant de prendre une photo, je dois installer un climat de confiance propice aux échanges entre le modèle et moi.
Vous ne photographiez jamais de « vedettes » ? Non. Ce qui m’intéresse ce sont les gens. Pas le vedettariat. Dans « Visions », apparaît Elvis Pompilio. A l’époque du portrait, il n’était pas encore le célèbre chapelier qu’il est devenu…
Le livre “Visions” qui raconte 50 années sur le terrain invite à découvrir quatre continents… L’Europe occupe une place importante dans le livre à travers les séries sur les masques et traces, les collectionneurs, les écorces, Bruxelles/Canal, les sans-papiers ; et l’Asie, une place dans mon cœur. L’Inde et le Népal représentent 20 ans de ma vie, mais mon travail a été détruit par un dégât des eaux…
L’Afrique a une saveur toute particulière pour vous … L’Afrique m’a toujours émerveillé. De nombreuses visites en famille au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren avaient éveillé mon intérêt pour ce continent. Pourtant, j’ai voyagé en Afrique sur le tard. En 2004, je me suis rendu au Burkina Faso et lors d’un périple de 6000 km en pleine brousse, avec un studio photo mobile, j’ai réalisé des portraits des chefs traditionnels burkinabés de différentes ethnies, parés de leurs attributs royaux. À partir de cette série « L’Allée des Rois », j’ai monté une exposition qui a notamment été présentée au 10e Sommet de la Francophonie à Ouagadougou, au Musée d’Afrique à Tervuren, en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Bénin également.
Quelles rencontres ont été les plus déterminantes dans votre vie professionnelle ? Il y en tellement. Mes rencontres en 78 avec le Dalaï-Lama à Dharamsala qui vont me motiver à rendre hommage à la résistance du peuple tibétain pour l’affirmation de ses droits. Mon initiation au vodoun au Bénin…
Racontez-nous ! Après la série « L’Allée des Rois », je me suis intéressé au Bénin, la terre du vodoun. On m’a d’emblée mis en garde : on ne touche pas au vodoun ! On m’a suggéré de faire une deuxième allée des rois, au Bénin cette fois. Hors de question. Après de nombreuses réticences, la Fondation Zinsou créée au Bénin a financé mon projet : photographier le vodoun que l’on ne pouvait pas voir. Il fallait donc que je sois initié, moi, un blanc. J’ai préparé mon sujet pendant deux ans et je suis parti seul voir les grands initiés à Porto-Novo. C’est la « vieille » de Cotonou, la mamy watta la plus respectée de l’univers vodoun au Benin qui m’a initié. La série Vodoun/ Vodounon est la preuve matérialisée des échanges entre moi photographe et les sujets de cette série. Des échanges forcément nourris de confiance.
Une initiation qui a changé votre rapport même à la photo… Oui, à l’instar des portraits de « L’Allée des rois » en noir et blanc, j’avais commencé la série Vodoun/Vodounon avec un appareil très ancien, un Rolleiflex, jusqu’au moment où je me suis rendu compte que la couleur était déterminante dans l’initiation au vodoun. J’ai donc alterné l’argentique et la photo digitale. Je dispose d’une imprimante grand format chez moi. Au plaisir de développer mes photos, s’est ajouté celui de les voir sortir de l’imprimante digitale !
Le sacré vous fascine car en parallèle de votre série Vodoun/Vodounon, vous poursuivez en Belgique un travail sur les rebouteux … Des rebouteux qui ont reçu un don, de mystérieux guérisseurs toujours discrets qui soulagent un mal, des arbres à clous qui extirpent le mal, dit-on … Un travail qui pourrait m’emmener à nouveau sur les routes du continent européen.
50 ans de terrain. Les clés d’une telle longévité ? L’humilité face au sujet. Et le respect et la bienveillance à son égard. Je ne m’imagine pas travailler autrement.
Exposition à l’Hospice Pachéco du 24/04 au 18/9/2023
Alia Cardyn, porteuse d'essentiel
Alia Cardyn
Porteuse d’essentiel
MOTS : BARBARA WESOLY
PHOTO : MATHIEU GÉNON
Avec ce sixième roman, baptisé “Le Monde que l’on porte”, Alia Cardyn explore la notion d’héritage et les racines de la transmission, dans ce qu’ils ont d’intime autant que d’universel. Et, avec sa sensibilité et sa justesse coutumière, évoque le lien vital à l’enfance.
Votre nouveau livre “Le Monde que l’on porte” est une ode aux femmes. D’où est venu ce désir ? Je voulais évoquer deux destins de femmes qui ne sont pas tout à fait à leur place sur leur chemin de vie et qui dès lors sont poussées physiquement vers un ailleurs. Et en parallèle, je rêvais de créer un clan de femmes, porté par la sororité et la transmission, dans un univers où se mêleraient spiritualité ambiante, traditions et légendes. J‘aurais aimé vivre à une époque où il y avait plus de tribus. Nous sommes des êtres profondément sociaux, qui se construisent autour de l’énergie de leurs interactions. J’ai donc imaginé un clan fort de son authenticité, de son intimité mais aussi de son climat de fête. Une atmosphère que j’avais envie de ressentir et de me raconter.
On y rencontre deux héroïnes. L’une, Ella, est enseignante, l’autre, Rose, sage-femme. Si vous aviez déjà abordé l’école en toile de fond de votre roman “Archie”, pourquoi avoir voulu évoquer la venue au monde d’un enfant ? En plaçant Rose au sein de ce clan de femmes, faire d’elle une accoucheuse, s’est imposé à moi comme une évidence. Quant à l’école, c’est le fondement de notre société et l’on investit si peu en elle. Ces deux histoires se révélaient des miroirs l’une de l’autre, abordant l’égalité et surtout son absence. Lors d’un accouchement, c’est le médecin qui sait, du fait des enjeux, de l’obligation d’aller vite et du manque d’équipes et la femme doit s’y plier. Il en va de même à l’école où le professeur affirme et les élèves ont l’obligation d’écouter, de se soumettre au programme et à la discipline.
Vous ressentiez le besoin de continuer de questionner le système scolaire, ce qu’il peut avoir de normatif ou au contraire de porteur et d’inspirant ? J’estimais ne pas avoir eu l’occasion d’en dire assez. Je me rends chaque semaine dans des écoles, pour y parler de mes romans jeunesse. Cette année, j’ai vu 1000 enfants et je nourris une admiration sans bornes pour les enseignants, obligés de composer trop souvent avec une matière rigide et des classes en surnombre. Tout comme j’ai rencontré des enfants qui sont de véritables pépites qui s’ignorent, qui affrontent des difficultés avec la matière et qu’on ne sait pas aider correctement, par manque de temps et de moyens. Dans ce livre, j’évoque l’école démocratique, non pas car selon moi elle est la seule valable, mais car elle était symbolique et permettait d’interroger sur l’essentiel : l’amour de l’apprentissage et l’importance de surfer sur ce désir d’enfant de connaitre le monde, qui est tellement présent et qu’on met de côté dans l’enseignement classique.
Quelle est l’énergie, l’émotion commune à tous vos récits ? Le premier mot qui me vient c’est liberté. Mais aussi égalité, même si c’est intrinsèquement lié. Si l’on est égaux, on est aussi plus libres. La lumière et le renouveau également. J’aborde des thèmes durs, mais avec la volonté d’y ajouter une dimension résiliente et lumineuse.
Les deux histoires de votre roman se mêlent justement aussi autour de ces chutes qui changent l’existence, sont porteuses de renaissance, de reconnexion au monde et à soi-même. Sont- elles, selon vous, en quelque sorte un cadeau que la vie met sur notre chemin ? L’on vit dans une société qui ne laisse pas toujours suffisamment de part à l’acceptation, notamment des émotions. Où l’on subit de nombreuses injonctions, comme celles de se réinventer, de considérer une chute comme l’occasion d’être plus fort. Mais tomber, c’est d’abord s’écrouler, simplement, en devant apprendre à accepter là où l’on est. Je suis convaincue que, plus que les épreuves qu’on traverse, la véritable chance est de voir se révéler les ressources que l’on porte à l’intérieur de soi.
Qu’abordera votre prochain livre ? En octobre sortira chez Actes Sud un nouvel album jeunesse. Un roman jeunesse arrivera également en 2024, avec déjà une suite prévue. Écrire pour les enfants est tellement joyeux. Ce sont des formats courts, dans lesquels je peux insuffler sans limites humour et fantaisie. C’est une autre forme d’originalité, hyper créative et il est magique de voir ses écrits prendre vie en images grâce aux illustrations qui y sont apposées.
Fanny Ruwet se livre avec sensibilité
Fanny Ruwet se livre avec sensibilité
MOTS : BARBARA WESOLY
PHOTO : CÉLINE NIESZAWER
D’elle, on connaissait son franc-parler délicieusement mordant, baladé dans des chroniques et spectacles au ton décalé. C’est aujourd’hui loin des sentiers du stand-up que l’on retrouve Fanny Ruwet, avec un premier roman baptisé « Bien sûr que les poissons ont froid », entre tendresse et nostalgie.
Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas de l’écriture d’un livre ? Étant une grande lectrice depuis l’enfance, j’ai longtemps mis la littérature sur un piédestal. Je ne pensais pas être capable d’écrire un livre mais en parallèle l’idée me plaisait, la possibilité de prendre mon temps. Dans mes chroniques comme dans mes spectacles, je dois être brève, aller à l’essentiel, faire rire. En stand-up, il faut une chute qui permette de minimiser l’impact négatif. La règle de base est que le problème évoqué ait l’air d’avoir été réglé, pour que le public n’ait pas le sentiment que l’on est victime de l’histoire. Le roman n’était pas soumis aux mêmes obligations. Il me donnait la permission de ne pas être drôle ou du moins pas forcément.
L’évocation des doutes et émois de l’adolescence, entre bienveillance et malice, est partie intégrante de votre ouvrage. Quelle adolescente étiez- vous ? J’étais assez proche d’Allie, la narratrice de mon livre. Je ne me sentais à ma place nulle part. L’école ne m’intéressait pas. C’était très long. Réaliser à 18 ans que le lycée n’était pas la vraie vie, pas une fin en soi, a été un énorme soulagement.
On retrouve au fil des pages votre humour, tout à la fois piquant et confondant de spontanéité. Y compris lors de l’évocation de la peine, du deuil, de la séparation. Une part de résilience, de protection face au monde ? C’est comme cela que je fonctionne et mon personnage a repris mes tics, mes manières. Je cultive une forme d’humour du désespoir. C’est un bouclier, une manière de prétendre que vu que j’en ris, c’est que cela ne m’atteint pas vraiment.
Tout comme votre personnage, Allie, vous est-il plus facile de vous confier par écrit ? J’écris très peu à mes proches mais je me cache beaucoup derrière la fiction. Le livre contient énormément d’anecdotes, de souvenirs, de ressentis personnels, dont je n’ai jamais parlé à mon entourage. Il offre cette frontière floue, l’incertitude de ce qui est réellement autobiographique ou pas. Et de pouvoir se retrancher derrière si l’on ne souhaite pas se mettre véritablement à nu.
Qu’était-il essentiel pour vous de transmettre avec « Bien sûr que les poissons ont froid ? » Au début de l’écriture, j’avais noté cinq questions qu’il me tenait à cœur d’explorer. Le roman aide-t-il à se sentir moins seul ? J’avais cette volonté que ceux qui se ressentent étranges, différents, réalisent qu’une multitude d’autres vivent la même chose. Apporte-t-il de l’espoir ? Est-il drôle ? Amène-t- il à réfléchir autrement ? Je pense en tout cas qu’il fait résonnance. Et ai-je bien enlevé toutes les postures involontaires ? J’en ai beaucoup dans le stand-up, et j’avais peur malgré moi, de me retrancher derrière celles-ci. Lorsque j’ai commencé les spectacles, je me donnais le rôle d’une fille très froide, insensible. Je désirais retirer tout cela du livre, pour laisser pleinement place à la nuance.
Le roman évoque la difficulté d’oser aimer les filles, alors que l’on découvre à peine l’amour. Thème déjà évoqué dans votre podcast « Bisexualités », sorti en 2019. Était-il essentiel pour vous d’en parler en filigrane ? En l’occurrence cela faisait sens avec l’histoire. Globalement, cela revient très souvent dans mon travail car j’ai du mal à imaginer la vie autrement qu’en étant parfois attiré par des garçons et parfois par des filles. J’en parlerai d’ailleurs à nouveau dans mon premier court métrage, « Bingo » qui sortira dans les prochains mois. L’histoire d’une fille amoureuse d’une autre, qui elle est hétéro. Et dès lors aux prises avec le doute quant à lui avouer ses senti- ments ou non. Fille, garçon, il s’agit tout simplement d’évoquer l’amour, sans que cela nécessite un débat.
Avec quel bagage aimeriez-vous que les lecteurs ressortent de la lecture de votre livre ? J’aimerais qu’ils l’achèvent en se sentant moins seuls. Qu’ils aient l’envie de conserver la narratrice avec eux. C’est ce que j’ai ressenti moi-même avec « L’Attrape-cœurs » de Salinger. Des années plus tard, je pense encore souvent à son héros, Holden Caulfield, avec l’impression qu’il est à mes côtés. C’est toute la magie de la littérature.
Adeline Dieudonné : « Faire couple ne satisfait pas tout le monde »
Adeline Dieudonné
« Faire couple ne satisfait pas tout le monde »
Adeline Dieudonné
« Faire couple ne satisfait pas tout le monde »MOTS : SERVANE CALMANT
PHOTO : CÉLINE NIESZAWER
Après « La vraie vie » et « Kérozène » qui avaient tous deux bousculé le lecteur, l’auteure bruxelloise Adeline Dieudonné revient avec « Reste », un roman épistolaire qui soulève de nombreuses questions pertinentes voire dérangeantes sur l’amour et la vie en couple. Confidences.
On a découvert Adeline Dieudonné en 2017 avec son monologue théâtral, « Bonobo Moussaka », qui sera ensuite publié en livre. Mais c’est son premier roman, « La vraie vie », un conte pourtant cruel, qui va la révéler au grand public. Fille du Béwé installée à Bruxelles, Adeline Dieudonné est alors dans tous les médias, dans toutes les librairies, et décroche une rafale de récompenses, dont le Prix Rossel. A la sortie de « Kérozène », deuxième opus tout aussi féroce, on contacte Adeline pour lui proposer un long entretien et la couverture du Be Perfect. Elle accepte. Avec un tel parcours, on ne peut décemment pas lâcher pareille auteure ! Allô Adeline, « Reste », votre nouveau roman, on en parle ?
Une femme quadragénaire et son amant s’offrent un week-end dans une cabane près d’un lac. Le cadre est enchanteur. Mais… Quelle surprise avez-vous réservée aux lecteurs ? Ce couple est illégitime, il est marié, elle ne l’est pas. Comme souvent lors de leurs escapades dans ce chalet au bord de l’eau, il part nager. Mais ce matin-là, il ne la rejoindra pas au petit-déjeuner… Ce matin-là, il meurt. Ainsi démarre le roman.
Et qui dit amour illégitime dit chagrin illégitime … Oui, car si elle appelle les secours, on va lui arracher l’homme qu’elle aime. Une maîtresse n’est pas censée exister aux yeux du monde, donc son chagrin devient en effet difficile, voire impossible à vivre. Alors elle reste avec le corps de son amant, part pour un road-trip dans la montagne et se met à écrire à la femme de son amant décédé.
Pour autant, vous ne jugez pas l’infidélité, vous n’y voyez ni trahison ni bienfait pour réinventer le couple ; non, le sujet du livre est ailleurs : vous interpellez la vie de couple … En effet, je ne porte aucun jugement sur l’infidélité, je ne la condamne pas et je n’en fais pas l’apologie. La narratrice de « Reste » a un amant car sa vie de couple a été un échec.
Quel regard portez-vous sur la vie de couple ? En 2023, les femmes ne sont toujours pas affranchies des hommes. Certes, une femme peut travailler sans l’accord de son mari et ouvrir un compte en banque, mais les femmes de ma génération – j’ai 40 ans -, doivent toujours vivre en couple pour espérer s’en sortir financièrement. Oui, en Belgique, en 2023, il existe toujours un écart salarial entre les hommes et les femmes. De surcroit, « faire couple » ne satisfait pas tout le monde.
Vous êtes mère de deux enfants, mais vous comprenez les femmes que la maternité ne fait pas rêver. Vous écrivez : ce que j’aimais chez M., « c’est qu’il ne s’est jamais intéressé à mon utérus ». Il y a clairement un asservissement de la femme à travers la maternité et le couple. Devenir mère/ père entraine une dépendance. Et la charge notamment ménagère qui pèse sur la femme reste généralement plus lourde. Vivre sans enfant et ne pas être en couple, oui, c’est une forme de liberté.
« Reste » me semble plus tendre que féroce. Je me trompe ? Vous avez raison. Dans « La vraie vie », la gamine est en colère, il fallait qu’on sente entre les lignes la lutte, la bataille ; dans « Reste » le personnage est plus apaisé et parle d’amour.
Et vous, êtes-vous apaisée ? (Elle réfléchit) J’arrive à un moment de ma vie où j’ai dépassé le stade de la colère. Je ne me sens pas découragée, mais peut-être que le regard que je porte autour de moi est différent, plus tendre. Se battre sert-il encore à quelque chose ? Il y a peut-être, oui, une forme de découragement finalement…
Après « Kérozène », roman mosaïque, « Reste » affiche une narration plus classique… Je considère « Kérozène » comme un recueil de nouvelles plutôt que comme un roman. « Reste » est donc mon deuxième roman et la narration y est plus classique, continue, dense.
Dans l’écriture, qui dicte sa loi, le mot ou la situation ? Je mets les mots au service des situations, mais je travaille la langue française pour qu’elle rende justice à la situation, au ton du roman, à la voix du personnage…
En fin de roman, vous publiez la bande-son de « Reste », parce que dites-vous « j’ai besoin de musique pour écrire ». On découvre des titres de Dominique A, Nick Cave, Leonard Cohen, Cat Power, autant de chansons qui vous ont accompagnée à mesure que la narration émergeait… Ces chansons m’ont aidée à passer de l’autre côté, dans l’univers imaginaire du roman, car l’atmosphère qu’elles dégagent correspond parfaitement à l’univers du roman. Certaines chansons apparaissent même dans le récit. J’espère qu’elles accompagneront le lecteur …
Vous remerciez Thomas Gunzig, lui qui vous a incitée à écrire. Vous lui avez fait lire votre roman. Est-ce réciproque ? Oui ! C’est une magnifique complicité qui nous lie. C’est un privilège de pouvoir partager son travail avec un autre romancier.
Armel Job ou l'appel de l'authenticité
Armel Job ou l'appel de l'authenticité
Armel Job ou l'appel de l'authenticité
MOTS : BARBARA WESOLY
PHOTO : PHILIPPE MATSAS
Ses écrits prolifiques comme ses multiples prix n’ont amené qu’à le rendre d’autant plus humble et curieux. À l’occasion de la sortie de son 23ème roman « Le Meurtre du docteur Vanloo », Armel Job évoque la passion de l’humain qui anime ses mots.
« Le Meurtre du docteur Vanloo » partage avec vos autres romans cette sensation de microcosme, proche de huis clos, mais aussi une combinaison de faux semblants et de cas de conscience. L’intrigue est-elle le prétexte à une plongée au cœur de la nature humaine ? L’intrigue, est la première politesse du romancier pour son lecteur, sa façon de lui éviter l’ennui. Mais elle est aussi l’occasion de découvrir, par l’entremise d’un fait extraordinaire, les réactions des protagonistes. C’est ce qui me passionne. Depuis plus de 20 ans, je m’interroge sur les gens. Qui ils sont, ce qu’ils pensent et ressentent. Et c’est lorsqu’ils sont poussés dans leurs retranchements par une situation dramatique ou exceptionnelle, que les individus se révèlent vraiment.
Vos livres ont pour cadre la Belgique. Est-ce par attachement, notamment à la province du Luxembourg où vous avez grandi et vivez toujours ? Cette démarche m’a toujours semblé naturelle. Pour écrire, je me nourris de ce que je connais et vois autour de moi. Pourquoi dès lors situerais-je mes romans ailleurs ? Et je pense que son décor aide les lecteurs à ressentir d’autant plus de proximité avec les histoires que j’évoque.
Notamment ses villages et ses petites bourgades rurales ? Oui, même si certains de mes ouvrages se sont aussi déroulés à Charleroi ou Liège, le village a l’avantage d’une unité de lieu, d’un cadre réduit, où censément tout le monde se connait. Les relations et les liens, y sont donc extrêmement intenses, chacun ayant un passif avec les autres.
Vos personnages sont d’autant plus attachants de par leur troublante véracité, le sentiment qu’ils pourraient être ce voisin que l’on croiserait au détour d’une rue. Est-il essentiel pour vous de mettre en scène des individus du commun ? Je ne me retrouve pas dans cette forme de littérature bourgeoise qui se détache de la vie pratique pour se concentrer sur les états d’âme. Ce que j’aime, c’est mettre en scène des petites gens, si l’on peut dire, avec un quotidien ancré dans la réalité. C’est un type d’histoires qui m’a toujours attiré. Déjà à 14, 15 ans, j’étais passionné par Maupassant et ses contes. Leur langage me plaisait, tout comme les personnages issus de la Normandie profonde, des paysans, des gens du commun. Cela m’a marqué et certainement influencé.
Vous avez publié votre premier roman, « La Reine des Spagnes » en 1995, à 47 ans, après une carrière de professeur de latin grec puis de directeur. Pensez-vous que ces années d’enseignement habitent également vos écrits ? Certainement. Un professeur de latin et de grec cherche à mettre ses élèves en contact avec les racines de notre civilisation, de même qu’il essaye de piquer leur curiosité, de les faire réfléchir. Le travail de l’écrivain est au final assez similaire. Il s’agit d’exercer son esprit critique sur le monde qui nous entoure que nous percevons par le prisme des apparences.
En parallèle des romans, vous écrivez également des pièces de théâtre. Les deux exercices vous apportent-ils le même plaisir ? Ce sont des démarches très différentes. Par le biais du théâtre, son rythme, ses dialogues, j’essaye d’introduire avec une touche d’humour et de façon contemporaine, une réflexion sur des questions philosophiques ou théologiques. Par exemple dans « L’évasion de Socrate ». On sait que Socrate ne s’est pas évadé et qu’il a été condamné à mort. Mais aussi qu’il aurait pu fuir. Quelle raison pousse dès lors un homme à rester malgré tout en prison à y attendre son exécution ? Et puis, le théâtre ne s’encombre pas de cette obligation de devoir décrire le banal, là où le héros s’assied, lorsqu’il ouvre une porte… L’on peut se concentrer sur l’essentiel : la conversation.
Quel est le plus beau compliment qu’on ait pu vous faire à propos de vos écrits ? Sans doute cette femme m’ayant remercié, car les personnages de l’un de mes romans l’avaient aidé à vaincre sa dépression. C’est curieux et en même temps très touchant de voir l’attachement que peuvent susciter des êtres pourtant imaginaires. C’est tout l’intérêt du roman, aller au-delà du cas particulier pour rejoindre l’universalité. Et faire résonnance.
Barbara Abel sublime les ténèbres
Barbara Abel sublime les ténèbres
Barbara Abel sublime les ténèbres
MOTS : BARBARA WESOLY
PHOTO : MELANIA AVANZATO
Il est des livres qui nous transportent, vers des ailleurs lointains ou aux confins de nous-mêmes. Tout comme il est des auteurs qui captent les peurs primales et les dérives humaines, avec une justesse à part. C’est le cas de Barbara Abel, qui au fil de ses romans comme sous sa nouvelle casquette de scénariste télévisuelle, raconte avec magnétisme, les êtres au bord de l’abîme.
L’on vous surnomme « la Reine du Polar belge », un titre acquis au fil de l’écriture de 14 thrillers aussi palpitants que percutants. Qu’est-ce qui vous attire irrémédiablement vers ces intrigues psychologiques ? Le thriller domestique est un rappel de ce plaisir enfantin de se faire peur. Comme lorsque petit, on se poussait jusqu’à l’excitation du frisson. J’écris aussi les histoires que j’aimerais qu’on me raconte. Celles de personnes ordinaires, avec lesquelles d’emblée peut se créer une forme d’identification, plutôt que de super flics ou de héros surpuissants. Et dont une part du contexte fait écho à ce que je vis alors. Mon premier livre “L’instinct Maternel”, avait pour héroïne une femme enceinte, tandis que je l’étais moi-même. Les années passant, les enfants des familles que j’évoque ont grandi, jusqu’à devenir des adolescents.
Vos personnages sont souvent abîmés, torturés, parfois vénéneux, comme dans “Les Fêlures”, votre dernier roman. Fréquemment étouffés par un environnement familial toxique. Pourquoi ces thèmes trouvent-ils résonnance en vous ? La famille est un microcosme dans lequel chaque émotion est exacerbée, devient explosive. Ce qui touche aux liens du sang est d’emblée viscéral. Et ces situations se passent d’explications car tout le monde les comprend. Quant à mes personnages, mon but est d’amener le lecteur à s’imaginer pouvoir basculer comme eux vers l’obscurité, pour peu d’être mis face à la même réalité.
Deux de vos ouvrages ont été adaptés à l’écran. “Un bel âge pour mourir”, via un téléfilm baptisé “Miroir, mon beau miroir”. Et “Derrière la haine”, pour le cinéma cette fois, avec “Duelles”. Est-ce un défi que de voir quelqu’un d’autre s’approprier ses personnages ? Lorsque j’achève un livre, je le lâche étrangement avec assez de facilité et ne ressens pas d’inquiétude à le voir adapté. Mon roman est déjà là, tangible, personne ne peut le modifier, le magnifier ou l’abimer. Et le fait d’avoir adoré aussi bien le téléfilm de Serge Meynard que le long-métrage d’Olivier Masset-Depasse, m’amène au contraire à ressentir une grande fierté.
Une adaptation américaine de “Derrière la Haine” baptisée “Mother’s Instinct”, arrivera également cet été sur nos écrans. Avez-vous pu vous rendre sur le tournage ? Oui, pour les trois adaptations. Se retrouver entourée de tous ces techniciens, acteurs, figurants, dans ces décors immenses, et me dire qu’ils sont là parce qu’un jour j’ai imaginé une histoire, toute seule chez moi, c’est fort. Mais quand en plus il s’agit de Jessica Chastain et Anne Hathaway, c’est surréaliste !
Vous avez également co-écrit la série “Attraction”, “Prix de la meilleure fiction francophone étrangère au festival de la fiction à La Rochelle” qui sera diffusée ce printemps avec la scénariste française Sophia Perié. Cette écriture à quatre mains était-elle complexe ? Je ne devais au départ qu’écrire un concept de projet, mais il a été accepté par la RTBF et Catherine Burniaux de De Mensen m’a proposé de m’occuper du scénario. Mais ce n’est pas mon métier, je n’en connais pas les impératifs et codes. Elle m’a donc adjoint Sophia Perié qui elle est scénariste et incroyablement douée pour la structure et la narration. Je ne me verrais travailler avec personne d’autre. Il ne s’agissait pas que de développer un script. Nous avons aussi passé des heures à parler de nous, de nos influences, de ce qui nous touche. Il faut une vraie osmose et Sophia et moi formons un parfait tandem. Cela a été une aventure extraordinaire et l’est toujours puisque nous travaillons actuellement sur la saison deux !
L’écriture scénaristique vous porte-t-elle autant que celle d’un roman ? Ce sont deux processus totalement différents, aussi bien dans la rédaction que dans l’émotion qu’ils procurent. L’écriture scénaristique en duo est plus légère, ludique. Sophia dirige parfois les personnages vers lieux que je n’aurais pas imaginés et vice versa. C’est un échange d’arguments, un débat. Je me permettrais des audaces dans un livre qui ne sont pas forcément envisageables pour ce type de format. Et puis dans un scénario, il ne s’agit pas de nuances de style, mais de raconter les faits, de manière brute. Lorsque je conçois un roman, je n’ai pas non plus la contrainte d’une équipe de production à consulter. Mais ce luxe d’être seul maitre à bord, signifie aussi affronter les blocages en solitaire. Je pratique au final les deux exercices simultanément. La rédaction de la saison 1 nous a pris trois ans, et il était inconcevable de ne pas écrire de roman durant un aussi long laps de temps. Nous avons entamé la saison 2 il y a un an, et je suis en parallèle en pleine création d’un nouveau roman
Attraction, à découvrir sur la RTBF à partir d’avril et en mai sur TF1.
Myriam Leroy nous interpelle : Pourquoi a-t-elle été silenciée ? Parce qu’elle était femme ?
Myriam Leroy nous interpelle : Pourquoi a-t-elle été silenciée ?
Parce qu’elle était femme ?
Myriam Leroy nous interpelle : Pourquoi a-t-elle été silenciée ?
Parce qu’elle était femme ?
Mots : Servane Calmant
Photo : Anthony Dehez
Coiffeur et Make-up artist : Luc Depierreux
Dans son nouveau roman au titre intriguant, « Le Mystère de la femme sans tête », Myriam Leroy ressuscite Marina Chafroff, résistante bruxelloise d’origine russe, décapitée à la hache à 33 ans durant l’Occupation, et grande oubliée de l’Histoire. Par là même, la romancière prend la défense de toutes les femmes humiliées, réduites au silence, reléguées à l’arrière-plan. Rencontre à la KBR à Bruxelles avec une autrice, combattante d’un autre type certes, qui lutte au quotidien contre les stéréotypes de genre, la misogynie et le sexisme.
Nous avons interviewé une première fois Myriam Leroy à la sortie d’« Ariane », le récit d’une relation siamoise entre deux ados du Béwé. C’était en 2018. En 2019, parait « Les Yeux rouges » où elle dépeint la mécanique glaçante du harcèlement en ligne. Avec « ADN », en 2022, création du Théâtre de la Toison d’Or (TTO), elle évoque sa propre histoire, celle d’une fille née d’un donneur de sperme anonyme. Février 2023, à la faveur de la sortie de son nouveau roman, « Le Mystère de la femme sans tête », on recontacte Myriam pour un long entretien et un shooting-cover. Elle accepte, ravie. Youpi ! On commençait à avoir le temps long…
Nous nous rencontrons à la KBR, la Bibiothèque Royale de Belgique qui conserve et gère quelque sept millions de documents. Ce lieu, Myriam, c’est vous qui nous l’avez suggéré. Pourquoi ? L’écriture de mon nouveau roman m’a amenée plusieurs fois à fréquenter la salle de lecture de la KBR, ainsi que les Archives de la Ville de Bruxelles. Le passé, la guerre, m’ont toujours paru abstraits. Mais peu à peu, au rythme de mes recherches journalistiques, en enquêtant sur Marina Chafroff, cette femme décapitée pendant l’Occupation, ce passé s’est matérialisé. D’une image fixe, celle de sa tombe au cimetière d’Ixelles, je découvrais graduellement un film animé… Je me suis prise de passion pour la KBR, le site physique, cet imposant bâtiment moderniste, et son site en ligne, qui est devenu une véritable obsession. Je rêve d’un nouveau projet qui m’oblige à nouveau à fréquenter la KBR avec assiduité.
L’écriture du « Mystère de la femme sans tête » a nécessité un travail journalistique et d’historienne… Oui, mais d’historienne avec un regard profane (rire). Les historiens ont des méthodes plus orthodoxes et professionnelles que les miennes, mais j’assume et revendique complètement les libertés prises avec le réel. Cela étant, c’est en effet la première fois que je me documente autant pour un roman. L’écriture de la pièce « ADN» avait nécessité des recherches mais sur un thème, la procréation médicalement assistée, plus contemporain, qui ne me demandait pas de compulser des tonnes d’archives. « Le Mystère de la femme sans tête », en revanche, c’est plus de deux ans de travail …
Marina Chafroff, jeune Russe exilée en Belgique, fut, sur ordre de Hitler, décapitée à la hache en 1942, pour avoir poignardé à Bruxelles un officier allemand. Il n’y a pourtant ni rue ni monument à son nom. Qu’elle soit née femme a-t-il encouragé cet oubli ? Quand j’ai découvert la tombe de Marina Chafroff au cimetière d’Ixelles avec ce mot : décapitée, j’y ai vu deux anomalies. Une femme. Décapitée. Après la Seconde Guerre mondiale, le centre du cimetière d’Ixelles fut aménagé en « Reposoir des Martyrs » destiné aux victimes de la terreur nazie. C’est là que gît Marina, seule femme parmi tous les hommes, parmi Lucien, Raymond, Maurice, Gaston… Je débute donc mes recherches sur Marina Chafroff et je découvre que les résistantes sont les grandes oubliées de l’histoire des années 40-45. Beaucoup d’entre elles ont été réduites au silence, mises à l’écart, en raison d’une misogynie ambiante. On disait des femmes qu’elles étaient trop bavardes, qu’on ne pouvait pas leur confier de secrets. Qu’elles étaient influencées par leurs hormones, donc instables.
Ce constat de l’humiliation faite aux femmes, vous l’aviez déjà dénoncé dans votre film documentaire, « #salepute », co-réalisé avec Florence Hainaut, qui traite de la cyberviolence. Oui. Sans minimiser le rôle des femmes dans la Résitance, force est de constater qu’elles étaient principalement appelées pour taper du courrier ou soigner les blessés.
Pourquoi ? Par misogynie.
Des femmes résistantes souvent oubliées de l’Histoire… Oui, car l’Histoire est souvent écrite par des hommes, parce que les femmes n’ont pas entretenu leur propre souvenir, qu’elles ne pratiquent pas la mémoire autoglorifiante comme les hommes et qu’à l’époque, on leur a souvent dénié toute charge politique à leurs exploits.
C’est le cas de votre héroïne… Tout à fait, le parti communiste belge n’a jamais invoqué en sa faveur l’exploit de Marina Chafroff. Pire : il s’en est publiquement désolidarisé en niant l’acte de résistance pour invoquer un crime mû par une pulsion suici-daire. Quelle humiliation ! Ce roman repose d’ailleurs sur une question qui m’a taraudée tout le long de son écriture : pourquoi le nom de Marina Chafroff, mère de famille au courage extraordinaire, résistante décapitée, est-il inconnu ? Pourquoi n’a-t-elle pas marqué l’Histoire ? Comment a-t-elle été refoulée de nos mémoires ? Pourquoi a-t-elle été silenciée ?
A cette enquête, vous venez amarrer un autre récit, aux résonnances intimes. Le « tu » qui se faufile entre les pages du roman, c’est vous, Myriam… Par le truchement de coïncidences, les deux personnages vont en effet se confondre, les récits se tresser, même si je ne m’autoproclame pas résistante, je vous rassure. Mais les tourments de Marina, ce sont les miens. Sa révolte, aussi. Je me suis donc invitée dans le récit car je conti-nue à m’insurger contre notre société qui pousse les femmes à ne pas l’ouvrir, à ne pas s’engager… Le point commun entre les femmes, le seul peut-être, c’est qu’on les traite comme des femmes. Toutes les humiliations qu’elles ressentent se ressemblent, or la société a tendance à les morceler. Le « ça n’arrive qu’à toi », je n’y crois pas. Le combat est collectif et politique.
Il existe, écrivez-vous, « un lien d’humiliation unissant toutes les femmes ». Les femmes sont-elles trop gentilles ? Evidemment. On fait ce qu’on attend de nous. On se conforme au modèle qui nous préexiste.
Rien ne change ? Si. Les femmes se sont émancipées. Et cette émancipation ne plait pas à tout le monde : la haine et le mépris qui leur sont voués s’avèrent encore plus présents aujourd’hui qu’hier. La misogynie a flambé.
La solution ? Je n’en ai pas. Peut-être faudrait-il que les femmes ne se sentent plus obligées d’évoluer sous le regard des hommes et que le couple hétérosexuel ne soit plus considéré comme l’accomplissement d’une vie…
Vous évoquez également dans ce roman les fake news et la désinformation… Ces fausses nouvelles étaient endémiques, déjà à l’époque, bien avant les réseaux sociaux, et visaient évidemment à manipuler l’opinion publique.
Quel est votre public ? Depuis que j’ai été identifiée comme féministe, j’ai surtout un lectorat de femmes. Je fais peur aux hommes. Rire.
Cette étiquette vous ennuie-t-elle ? Non. Etre féministe dans notre société, c’est une évidence ! En revanche, je ne suis pas une spécialiste du féminisme. Mon combat, je le mène contre le sexisme. Des éléments du réel et mon vécu me fournissant la matière nécessaire pour alimenter mon combat et mon écriture.
Entre 2012 et 2017, vous avez fait l’objet d’un véritable harcèlement sur internet et sur les réseaux. En décembre dernier, l’auteur a été condamné à 10 mois de prison avec sursis probatoire… Depuis, le prévenu a décidé de faire appel. Le procès aura lieu en 2024. S’il le perd, il a déjà déclaré qu’il irait en cassation et si nécessaire, devant la Cour européenne des droits de l’homme. Le procès a été cruel et violent. Il constituera peut-être la matière d’un prochain roman.
2023 sera-t-elle une année chargée ? J’assure la promo de mon nouveau roman, une reprise de la pièce « ADN » est prévue au TTO, j’adapte en scénario de long métrage « Cherche l’amour », ma première pièce jouée également au TTO et j’écris une série documentaire sur le quotidien des enseignantes pour la RTBF. Je lis. Beaucoup. Et chaque jour, je promène Caramel, mon chien.
« Le mystère de la femme sans tête »
Extrait : Il y a une femme, enterrée au cimetière d’Ixelles, qui a été décapitée à la hache en 1942. Son nom est russe. Elle était toute petite et avait une grâce de pirate. Les Russes qui s’en souviennent prétendent qu’elle a changé le cours de la guerre. Les Belges, eux, ne disent rien. Ils l’ont oubliée.
Elle l’a dit : Que je rassure le lecteur, lire « Le mystère de la femme sans tête » ne nécessite pas un gros effort de projection dans le passé. Ce n’est absolument pas un récit de guerre, mais un roman moderne.
Editions Seuil